Bonjour et bienvenue dans le 17e épisode de la deuxième série intitulée ÉMOTIONS DE LEADERS du podcast La Minute Humaine
Il y a une émotion que l’on associe presque automatiquement au dirigeant, et qui porte souvent une image de hauteur et de performance, parfois même d’arrogance, c’est la fierté.
Beaucoup de dirigeants n’osent pas vraiment la ressentir et d’autres la vivent de façon excessive.
Très peu de gens font la distinction entre ces deux formes de fierté qui sont très différentes.
Je t’invite à découvrir une fierté humble, juste, et surtout utile à ton équipe.
Les Grecs anciens avaient un mot pour parler de l’excellence : l’arété. (ἀρετή) Ce mot ne se trouve pas dans les dictionnaires classiques de la langue française, je l’emprunte aux dictionnaires de philosophie.
L’arété n’est pas l’excellence de celui qui se place au-dessus des autres.
C’est le plein déploiement de ce que l’on est, dans le respect de sa place et de sa nature.
C’est une fierté d’accomplissement juste.
À l’opposé, il y a l’hubris (du grec ὕβρις [hýbris]) : cette fierté excessive qui fait croire que l’on est au-dessus des limites, des autres, ou de l’ordre des choses. Il désigne l’orgueil excessif, l’outrage et la démesure.
Dans les tragédies grecques, l’hubris est le moteur du destin funeste qui amène le héros à sa perte et à sa mort en général par un châtiment des dieux appelé némésis qui peut être vue comme une vengeance naturelle.
Donc, d’une part nous avons l’hubris qui a tendance à isoler la personne, et d’autre part nous avons l’arété qui relie le dirigeant à son équipe, aux différents membres de l’organisation.
Aristote parlait de la megalopsychia, la grandeur d’âme, comme de la couronne des vertus.
Ce n’est donc pas de l’orgueil.
C’est la capacité de se connaître à sa juste valeur, sans se rabaisser ni s’enfler, et d’agir en conséquence.
La psychologie moderne confirme cette distinction.
Jessica Tracy et Richard Robins parlent de fierté authentique (liée à un effort, à une contribution concrète) et de fierté hubris (centrée sur le soi global et la supériorité).
La première nourrit l’estime de soi stable et les relations.
La seconde fragilise et isole.
Beaucoup de dirigeants n’osent pas leur fierté parce qu’ils confondent les deux.
Ils ont peur de tomber dans l’hubris. Alors ils se retiennent. Ils minimisent.
Ils restent modestes par protection.
Et pourtant, une fierté juste, une fierté d’arété, est précieuse.
Elle permet de se tenir debout.
Elle permet de reconnaître ce qui a de la valeur.
Et surtout, elle permet de transmettre cette reconnaissance à l’équipe.
Quand un dirigeant ressent une fierté authentique face à ce qu’une équipe a accompli, face à ce qu’un collaborateur a traversé, face à une culture qui commence à changer, cette fierté devient un acte de transmission.
Elle dit : « Ce que nous construisons a de la valeur. »
Elle dit aussi : « Je suis fier de ce que vous devenez. »
Cette parole, quand elle est vraie, nourrit profondément le sentiment d’exister de chacun.
Voici un petit exercice pour tester ta propre fierté.
Prends un moment récent où tu as ressenti de la fierté.
Regarde-la sous deux angles :
Est-ce que cette fierté me place un peu au-dessus des autres ?
Est-ce qu’elle me connecte à ce que j’ai réellement contribué et me donne envie de reconnaître aussi les autres ?
Le premier regard appartient à l’hubris.
Le second appartient à l’arété.
Plus tu t’autorises cette fierté juste, plus tu donnes la permission à ton équipe de ressentir, elle aussi, de la fierté dans ce qu’elle fait.
La fierté noble du dirigeant n’est pas celle qui le grandit lui.
C’est celle qui grandit le collectif.
Prends soin de toi.
On se retrouve mardi prochain.