Bonjour et bienvenue dans le 23e épisode du podcast la minute humaine.
Aujourd’hui je vous parle de ce que les organisations ont perdu sans s’en rendre compte durant le confinement, et avec la montée du télétravail.
Le confinement et le télétravail ont été présentés comme des solutions. Et sur beaucoup de plans, ils l’ont été.
Mais aujourd’hui, je te propose une question simple, et un peu dérangeante :
Qu’est-ce que les organisations pont perdu , sans même savoir qu’elles l’avaient perdu ?
Parce que ce qui pose problème aujourd’hui, ce n’est pas la productivité. Ce n’est pas la technologie. Ce n’est même pas l’engagement, au sens classique.
C’est autre chose. Plus discret, plus profond.
Ce que permet le présentiel, sans qu’on le sache, c’est quoi ?
Dans une organisation, il se passe plein de choses… sans qu’on les ait jamais vraiment pensées comme importantes.
Un échange à la machine à café, un regard en réunion, un soupir, une tension perceptible dans une équipe… et bien tout ça n’est pas du confort bien sûr, mais c’est une infinité de possibilités de régulation.
Tous ces micro signaux qui n’existent qu’en présentiel permettent :
D’ajuster, de s’ajuster,
De comprendre, de se comprendre,
De désamorcer avant l’explosion, ou d’amorcer une discussion, un échange, une régulation justement
Ce que le télétravail a changé, et ce n’est pas mauvais en soi si il n’est pas massif et prolongé, il transforme la nature du lien.
On échange de l’information, on coordonne des tâches mais il y a une perte de la perception fine de ce qui se joue chez les individus.
Alors on voit bien les choses qui fonctionnent, mais on ne voit plus ce qui s’accumule, je parle en terme de ressentis, de différents, de mécontentements…
Et quand on ne régule plus au fil de l’eau, il se passe trois choses très concrètes :
1 les malentendus durent plus longtemps
2 les tensions ne se disent plus, elles s’installent
3 les problèmes deviennent personnels alors qu’ils sont systémiques
Les gens ne vont pas mal parce qu’ils sont fragiles, ils vont mal parce que le système ne leur permet plus de s’ajuster.
Dans quelques secondes, je vous explique comment de nombreux managers se sentent démunis.
MID ROLL
J’entends de nombreux responsables me dire :
« Tout semble bien aller, mais je sens que quelque chose m’échappe »
Et ce n’est pas un problème de compétence, ce n’est pas un problème de motivation.
C’est un problème de lecture de ce qui n’est plus visible.
La distance empêche la confrontation des personnes, indispensable à bien des égards.
Sans confrontation,
Elles ne clarifient plus leurs attentes, elles perdent en clarté,
Elles restent bloquées dans leurs façons habituelles de fonctionner, elles se rigidifient
Elles perdent de la stimulation, elles s’éteignent
Elles perdent de la créativité.
Autrement dit, elles ne changent pas, elles se répètent.
Alors que tout individu est mis en mouvement par bien des éléments inconscients qui viennent se frotter, se cogner à ceux des autres. Alors que le fait d’aller au travail est souvent vu comme un gagne-pain, comme une source de revenus. On oublie une autre dimension encore plus importante. Se confronter aux autres en ayant l’espoir inconscient de gagner contre mes croyances, ou celles des autres, en ayant l’espoir de se changer, de se réparer, de réussir quelque chose que mon père n’a pas réussi par exemple, ou que moi-même j’ai échoué et que mon métier me permet de résoudre cela.
Et c’est ici que le rôle du leader devient décisif.
Le leader a plusieurs rôles, celui de décider, de contrôler, mais ici je parle du rôle d’observateur. Le leader qui voit le système et qui repère ce qui manque pour que tout tourne et il doit alors s’ingénier à faire en sorte que les personnes se rencontrent vraiment, même quand c’est inconfortable.
Dans le prochain épisode, je te proposerai un regard très différent sur le rôle du manager. Une facette que l’on ne t’a probablement pas apprise et pourtant centrale pour la santé des équipes et des organisations.