Alors que la frontière entre vie personnelle et vie professionnelle devient de plus en plus poreuse, l’empreinte numérique des candidats prend désormais une place centrale dans les processus de recrutement.
Photo de profil, biographie, prises de position, publications passées : tout peut être consulté, analysé… et parfois disqualifier une candidature.
Dans cet épisode de Jobnews by Indeed, Jean-Baptiste Vennin reçoit Éric Gras, expert du marché de l’emploi chez Indeed, pour décrypter les résultats d’une enquête internationale consacrée à l’empreinte numérique des chercheurs d’emploi.
Un épisode qui met en lumière la pression croissante liée à l’image en ligne, les pratiques réelles des recruteurs et les nouveaux risques de biais dans l’évaluation des candidatures.
Au programme :
Pourquoi 41 % des chercheurs d’emploi modifient leur profil sur les réseaux sociaux lorsqu’ils postulent
Un ajustement permanent :
→ 26 % l’ont fait à plusieurs reprises
→ 15 % ne l’ont fait qu’une seule fois
Ce que les candidats modifient en priorité :
→ 51 % retravaillent leur contenu pour paraître plus professionnels
→ 48 % changent leur photo ou leur biographie
→ 28 % suppriment des contenus jugés compromettants
→ 28 % passent leur profil en privé pour dissocier vie personnelle et vie professionnelle
📊 Quelques chiffres clés :
41 % des candidats ajustent leur profil avant de postuler
26 % le font à répétition
80 % des recruteurs consultent les réseaux sociaux
62 % ont déjà refusé un candidat pour son profil
36 % ressentent du stress lié à leur image en ligne
💬 Citation à retenir :
« Le recrutement commence bien avant l’entretien. L’image numérique est devenue un terrain stratégique. »
🔗 Ressource mentionnée :
Enquête internationale Indeed sur l’empreinte numérique des candidats
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Jean Baptiste Vennin :
41% des chercheurs d'emploi déclarent avoir déjà modifié ou ajusté leur profil sur les réseaux sociaux lorsqu'ils postulent un emploi.
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Job News by Indeed, c'est le podcast qui décrypte chaque mois l'actualité de l'emploi. Et aujourd'hui on va parler justement de recrutement mais aussi d'images, de perceptions et de frontières de plus en plus floues entre vie perso et vie professionnelle. Bonjour Éric Gras.
Eric Gras :
Bonjour Jean-Baptiste.
Jean Baptiste Vennin :
Comment tu vas?
Eric Gras :
Ça va, j'ai perdu un peu ma voix mais je vais essayer d'être audible.
Jean Baptiste Vennin :
Bon c'est bien, t'as mis du miel et tout pour être au top.
Eric Gras :
Exactement.
Jean Baptiste Vennin :
Bon je rappelle que tu es expert du marché de l'emploi chez Indeed. Eric, en quelques mots pour cadrer, cette étude elle repose sur quel profil et c'était quoi derrière l'objectif surtout?
Eric Gras :
En fait, l'objectif c'est de comprendre ce que tout le monde ressent quand on est candidat ou quand on est recruteur, c'est qu'il y a une porosité de plus en plus importante entre la vie pro et la vie perso, et surtout de mesurer l'impact de son empreinte numérique, parce qu'on parle beaucoup, historiquement, de marques employeurs et d'images pour les entreprises sur les réseaux, mais on parle assez peu aussi de l'empreinte numérique que les candidats ont sur les réseaux, et l'impact que ça peut avoir dans le monde de l'emploi.
Jean Baptiste Vennin :
Oui, parce que l'impact il est là et on va en parler évidemment. Je le disais en ouverture, 41% des chercheurs d'emploi ont déjà modifié leur profil sur les réseaux sociaux lors d'une candidature. Ça veut dire qu'ils ont pris parfaitement conscience de l'impact que ça pouvait justement avoir. Quand on entend ce chiffre, est-ce qu'on peut dire que la gestion de son image en ligne est devenue un réflexe dans la recherche justement d'emplois?
Eric Gras :
Oui, et c'est clairement en passe de devenir vraiment. Donc aujourd'hui les candidats ont bien compris que leur présence en ligne faisait partie intégrante de leur candidature. Les réseaux sociaux, LinkedIn en particulier, sur le réseau social professionnel, sont devenus une extension du CV. On y raconte son parcours, ses compétences, mais aussi sa posture professionnelle. et donc adapter son profil avant de postuler, c'est une façon de mettre en cohérence son discours, de répondre aux attentes du poste visé, et d'anticiper le regard des recruteurs qui vont consulter très souvent ses profils, on y reviendra tout à l'heure. Donc c'est pas encore un automatisme pour tout le monde, mais le chiffre montre une vraie prise de conscience, soigner son image en ligne, c'est plus un bonus, c'est progressivement un réflexe stratégique dans la recherche d'emploi.
Jean Baptiste Vennin :
Et un autre élément qui est intéressant, c'est que parmi les candidats, ces 41%, certains ne l'ont pas fait qu'une seule fois de modifier leur profil. Dans quelle proportion, justement, ils disent avoir ajusté leur profil à répétition?
Eric Gras :
Parmi eux, ils sont 26% à l'avoir fait à plusieurs reprises, contre seulement 15% qui ne l'ont fait qu'une seule fois.
Jean Baptiste Vennin :
Et ça veut dire quoi, selon toi, du climat finalement actuel autour du recrutement?
Eric Gras :
Le message est clair, le recrutement est devenu plus tendu, plus concurrentiel, beaucoup plus itératif. Donc le fait que 26% des candidats aient modifié leur profil à plusieurs reprises, ça montre qu'ils sont dans une logique d'ajustement permanent. Ils testent, ils affinent, ils reformulent en fonction des retours, ou de l'absence de retours d'ailleurs. Donc ça traduit un marché où les règles ne sont pas toujours lisibles, où les candidats sentent qu'ils doivent s'adapter en continu pour rester visibles et pertinents. Donc voilà, qui raconte clairement également une forme de pression, quand on postule plusieurs fois sans avoir de réponse, on en vient naturellement à retravailler son image, à se poser des questions, à retravailler ses mots-clés, son positionnement. Autrement dit, la recherche d'emploi ressemble de plus en plus à un exercice d'optimisation, presque marketing, dans un contexte où la concurrence est forte et les attentes des recruteurs très ciblées.
Jean Baptiste Vennin :
On a l'impression qu'il y a une vraie stratégie derrière tout ça. En tout cas, s'ils modifient leur profil, c'est qu'ils ne le font pas au hasard. Qu'est-ce qui change, justement, en premier lieu?
Eric Gras :
Alors c'est très intéressant, les candidats modifient leur profil sur les réseaux sociaux, ça c'est un fait. Mais la teneur de ces changements n'est pas la même, de même que les raisons invoquées pour ce faire, ça se résume ainsi. Donc il y a 51% qui vont retravailler leur contenu pour paraître plus professionnel. 48% modifient leur photo de profil ou leur biographie pour être plus attractif. 28% suppriment ou masquent certains postes ou photos compromettantes. 28% passent leur profil en privé afin de dissocier vie personnelle et vie professionnelle.
Jean Baptiste Vennin :
Alors c'est intéressant tout ça, tous ces chiffres, parce que finalement, ça nous dit quoi de la manière dont les candidats anticipent le regard des potentiels recruteurs qu'ils vont rencontrer?
Eric Gras :
Ces comportements montrent que les candidats ne sont plus naïfs. Ils savent que le recrutement commence bien avant l'entretien, que l'image numérique est devenue un terrain stratégique qu'il faut gérer avec attention. Par exemple, le fait que plus d'un candidat sur deux retravaille son contenu pour paraître plus pro confirme que les réseaux sociaux sont perçus comme un espace d'évaluation et pas seulement d'expression. Les candidats savent que leurs mots, leur prise de position, leur manière de se présenter peuvent être interprétés comme des signaux de sérieux, de crédibilité ou de maturité professionnelle. Les changements de photo, de bio ou la suppression de contenu jugé compromettant traduisent une véritable anticipation du jugement. Les candidats intègrent le fait que le recrutement ne se joue pas uniquement sur les compétences, mais aussi sur l'image et les codes.
Jean Baptiste Vennin :
Ça c'est clairement établi, on est bien d'accord là-dessus. Tu parles d'images, tu parles de codes aussi. Est-ce qu'on n'est pas rentré dans une forme aussi d'auto-formatage professionnel pour correspondre justement aux critères éventuels recherchés?
Eric Gras :
On est clairement à la frontière des deux, mais on bascule de plus en plus vers une forme d'auto-formatage professionnel. L'expression personnelle n'a pas disparu, mais elle est filtrée, cadrée, parfois retenue, parce que les candidats ont intégré que chaque élément visible peut être interprété, évalué voire jugé.
Jean Baptiste Vennin :
Ce qui est intéressant, c'est que l'étude montre aussi de forts écarts entre les générations…
Eric Gras :
Effectivement cette pratique varie selon les générations : 46% chez les millennials, 45% chez la Gen Z contre 35% chez la Gen X. La Gen Z ajuste aussi plus souvent son profil.
Jean Baptiste Vennin :
Dans quelle proportion les chercheurs d'emploi se disent inquiets d'être jugés par un recruteur sur leurs réseaux?
Eric Gras :
36% se disent stressés, dont 14% très inquiets.
Jean Baptiste Vennin :
On parle donc d'un nouveau facteur de stress.
Eric Gras :
Oui, la recherche d'emploi inclut désormais la gestion permanente de son image numérique.
Jean Baptiste Vennin :
Et les recruteurs consultent-ils vraiment les réseaux?
Eric Gras :
80% des recruteurs consultent les réseaux sociaux des candidats pendant le recrutement.
Jean Baptiste Vennin :
C'est énorme…
Eric Gras :
Et 62% ont déjà refusé un candidat à cause de son profil en ligne.
Jean Baptiste Vennin :
Quels motifs?
Eric Gras :
51% incohérences CV / réseaux, 47% comportements jugés non professionnels, 36% contenus offensants, 20% opinions controversées.
Jean Baptiste Vennin :
Donc la frontière entre vigilance et biais est fine.
Eric Gras :
Exactement, dès qu'on juge les opinions ou le mode de vie, on sort de l'évaluation professionnelle.
Jean Baptiste Vennin :
Si tu devais retenir un chiffre?
Eric Gras :
62% de refus liés aux réseaux sociaux.
Jean Baptiste Vennin :
Merci beaucoup Eric pour cet éclairage.
Eric Gras :
Merci.
Jean Baptiste Vennin :
Merci à tous, on se retrouve très vite dans Job News by Indeed.