L’énergie invisible qui fait fonctionner une organisation.
Tu peux entrer dans une pièce…
et sans que personne ne dise un mot,
tu sais déjà ce qu’il s’y passe.
Tu sens si c’est léger.
Tu sens si c’est tendu.
Tu sens si les gens ont envie…
ou s’ils sont déjà partis, intérieurement.
Et pourtant, rien n’est visible.
Et aujourd’hui, j’ai envie de mettre des mots sur ça.
Sur cette énergie invisible…
qui fait fonctionner — ou dysfonctionner — une organisation.
Dans les épisodes précédents,
on a parlé du climat émotionnel,
on a déconstruit l’idée d’équipes “difficiles”,
on a vu qu’on ne motive pas vraiment les gens de l’extérieur.
Aujourd’hui, on va aller encore plus loin.
On va parler de ce qui circule… ou ne circule pas.
Parce qu’une équipe,
ce n’est pas juste des compétences.
Ce n’est pas juste des process.
C’est un système énergétique.
Et quand je parle d’énergie,
je ne parle pas de quelque chose de flou.
Je parle de quelque chose de très concret.
Chaque personne, dans une équipe,
arrive avec une certaine quantité d’énergie.
De l’énergie physique.
De l’énergie mentale.
De l’énergie émotionnelle.
Et une énergie d’élan.
L’envie de faire.
L’envie de contribuer.
L’envie de s’impliquer.
Mais ce qui est fascinant…
c’est que cette énergie
ne disparaît jamais.
Elle est toujours là.
La seule question,
c’est : à quoi elle sert ?
Et c’est là que je vais introduire une idée clé,
issue de l’analyse transactionnelle.
On distingue trois formes d’énergie :
l’énergie liée,
l’énergie déliée,
et l’énergie latente.
L’énergie déliée,
c’est celle que tu vois.
C’est l’énergie qui circule.
C’est quand quelqu’un :
* propose une idée
* prend une initiative
* dit ce qu’il pense
* ose essayer
C’est une énergie vivante.
Une énergie productive.
L’énergie liée,
c’est l’inverse.
C’est de l’énergie qui est là…
mais qui est retenue.
Bloquée.
Mobilisée ailleurs.
Par exemple :
Quand quelqu’un pense quelque chose
mais ne le dit pas.
Quand quelqu’un a une idée
mais se dit “ça ne sert à rien”.
Quand quelqu’un relit 3 fois son message
avant de l’envoyer.
Quand quelqu’un fait attention
en permanence.
Tout ça,
c’est de l’énergie.
Beaucoup d’énergie.
Mais elle n’est pas utilisée pour créer.
Elle est utilisée pour se protéger.
Et dans beaucoup d’organisations,
il y a énormément d’énergie liée.
Énormément.
Des gens qui réfléchissent…
mais ne parlent pas.
Des gens qui voient des problèmes…
mais n’osent pas les nommer.
Des gens qui ont envie…
mais qui se retiennent.
Et puis il y a une troisième forme.
Encore plus invisible.
L’énergie latente.
C’est l’énergie potentielle.
Celle qui pourrait exister…
mais qui n’est même plus mobilisée.
C’est quand quelqu’un :
* a arrêté de proposer
* a renoncé à s’impliquer
* fait le minimum
* est là… sans être vraiment là
Et ça, c’est souvent ce qu’on appelle, à tort :
un manque de motivation.
Mais en réalité,
ce n’est pas un manque d’énergie.
C’est une énergie… qui s’est retirée.
Et tu vois à quel point ça change le regard ?
Parce que si tu regardes une équipe
en te disant :
“ils ne sont pas motivés”
tu vas essayer de pousser.
De stimuler.
De convaincre.
Mais si tu regardes la même équipe
en te disant :
“où est passée l’énergie ?”
alors là… tu commences à voir autre chose.
Tu vois :
* les endroits où elle est bloquée
* les endroits où elle est retenue
* les endroits où elle a disparu
Et surtout,
tu comprends une chose essentielle :
le problème,
ce n’est pas la quantité d’énergie.
C’est sa circulation.
Un manager ne crée pas d’énergie.
Il influence sa forme.
Par son comportement,
il va soit :
libérer de l’énergie,
lier de l’énergie,
ou faire disparaître de l’énergie.
Et souvent, ça se joue dans des détails.
Un espace où on peut parler librement…
→ énergie déliée.
Une remarque qui ridiculise…
→ énergie liée.
Une absence totale de reconnaissance…
→ énergie qui devient latente.
Et ce qui est frappant,
c’est que ces mécanismes
sont invisibles pour beaucoup de dirigeants.
Ils voient :
les résultats,
les retards,
les tensions parfois.
Mais ils ne voient pas
l’énergie qui circule — ou pas.
Et pourtant, c’est ça
qui fait toute la différence.
Une équipe avec peu de moyens
mais beaucoup d’énergie déliée
peut faire des choses incroyables.
Une équipe très compétente
mais avec une énergie majoritairement liée
va s’épuiser… sans avancer.
Alors la vraie question, ce n’est pas :
comment motiver une équipe ?
C’est :
qu’est-ce qui, aujourd’hui,
transforme son énergie ?
Qu’est-ce qui la bloque ?
Qu’est-ce qui la retient ?
Qu’est-ce qui l’éteint ?
Et parfois… le travail n’est pas d’ajouter quelque chose.
Mais d’enlever.
Enlever :
* la peur
* les non-dits
* les micro-signes d’insécurité
* les habitudes qui empêchent de dire
Et à ce moment-là… l’énergie revient.
Naturellement.
Et ça nous amène exactement à la suite.
Parce que cette énergie, elle laisse des traces.
Elle est visible…
pour ceux qui sont dedans.
Mais souvent invisible pour ceux qui dirigent.