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L'ennui du dirigeant
Episode 16 • 15th September 2026 • LA MINUTE HUMAINE • Xavier ELOY
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Shownotes

L'ennui du dirigeant

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L’ennui du dirigeant est une émotion discrète, souvent silencieuse, et rarement nommée.

Il s’installe progressivement, comme un voile, et transforme la façon de diriger, de décider et de ressentir.

Dans cet épisode, j'explore ce que cet ennui révèle vraiment :

un signal scénarique, un sentiment parasite qui peut masquer un sentiment authentique, et une invitation à se reconnecter à ce qui anime profondément.

Un épisode pour mieux se comprendre et retrouver une énergie plus vivante dans son leadership.

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Merci d’écouter **La Minute Humaine**.

Chaque mardi, une pause courte et humaine pour mieux te comprendre, mieux comprendre tes équipes, et agir avec plus de justesse.

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Créé par **Xavier Eloy** – Coach, consultant et créateur du podcast.

Copyright 2026 Xavier ELOY

Mentioned in this episode:

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Transcripts

Bonjour et bienvenue dans le 16e épisode de la deuxième série intitulée ÉMOTIONS DE LEADERS du podcast La Minute Humaine

Il y a des émotions que l’on reconnaît immédiatement chez un dirigeant : la colère, la peur, la pression, la solitude.

Et puis il y en a une, plus discrète, plus silencieuse, presque honteuse à nommer qui est l’ennui. C’est une émotion qui n’arrive pas avec un grand fracas.

Il s’installe progressivement, comme un voile gris qui se pose sur le quotidien, sur les décisions, même parfois sur les succès.

Tu continues à avancer, à porter tes responsabilités, à décider, à rassurer tes équipes… et pourtant quelque chose a cessé de vibrer.

C’est comme si le goût de tes aliments s’était émoussé et tu dois remettre du sel pour retrouver des sensations agréables en mangeant. L’élan se fait plus rare et tu dois te forcer un peu pour te mettre en route. La joie, celle qui nourrit vraiment, est devenue invisible.

Cet ennui-là ce n’est pas simplement un manque de stimulation.

Il est probablement beaucoup plus ancien et beaucoup plus profond qu’il n’y paraît.

Je fais l’hypothèse que c’est quelque chose de connu pour toi et donc qu’il s’agit d’une répétition de quelque chose de connu dans ton histoire. Bien sûr, si tu m’écoutes et que tu es dans une période que j’appellerais d’euphorie comme j’ai connu lorsque j’étais chef d’entreprise et que je venais de créer mon entreprise où j’avais tout à faire et tout à prouver tu pourrais te dire que ce sentiment est très loin de faire partie de ta réalité. Je pense que cela peut arriver à tout le monde et fort heureusement c’est un passage. Et ta responsabilité est de veiller à ce que cela ne reste pas définitif. Sinon tu risques de devenir une personne aigrie. Et les collaborateurs n’aiment pas travailler avec ce profil de personnes. Et de plus les résultats se ressentent dans la production et la qualité du travail fourni.

Dans l’Analyse Transactionnelle, quand il y a une répétition comme celle dont je parle, il s’agit de ce qu’on appelle le scénario de vie.

Ce sont ces décisions prises très tôt, dans l’enfance, qui organisent ensuite la façon dont nous allons ressentir, réagir et nous positionner dans le monde.

Certains scénarios portent en eux une forme d’ennui structurel : l’impression d’être un peu à côté de sa propre vie, de faire ce qu’il faut tout en restant coupé de ce qui anime vraiment ma personne.

Si cette émotion d’ennui apparaît aujourd’hui chez toi est peut-être déjà connu.

Tu l’as peut être déjà ressenti, sous d’autres formes, à d’autres moments de ton existence.

Et ce que l’actualité, les circonstances ou le poids des responsabilités ramènent à la surface, c’est fréquemment un sentiment qu’on appelle parasite.

Le mot est fort, mais cela veut dire que ce sentiment parasite une autre émotion en prenant sa place, celle qu’on appelle authentique.

Je t’explique.

La plupart des auteurs en AT s'accordent sur un noyau de quatre émotions authentiques de base :

La colère — réponse à une frontière franchie, une injustice, un besoin non respecté

La peur — réponse à un danger réel, une menace

La tristesse — réponse à une perte, un manque, une séparation

La joie — réponse à la satisfaction d'un besoin, à la connexion

Ce qui est important de savoir, c’est que ces émotions appelées authentiques ont 4 caractéristiques :

elles surgissent en réponse directe à ce qui se passe ici et maintenant

elles sont proportionnées à la situation

une fois exprimées, elles se résolvent (elles ont un début, un pic, une fin)

elles mènent à une résolution de problème, pas à une impasse relationnelle

Par contraste, une émotion parasite c’est :

une émotion apprise dans l'enfance et encouragée ou permise par la famille, tandis que l'émotion authentique était découragée

substituée à l'émotion réellement ressentie

disproportionnée, répétitive, et ne se résout jamais vraiment

elle ne mène pas à une résolution mais entretient le scénario de vie

Le test classique pour distinguer les deux est de se poser la question suivante : cette émotion est-elle la réponse la plus directe et proportionnée à ce qui se passe maintenant, ou est-ce une réaction familière, répétée, qui remplace une émotion plus authentique que je n'ai pas appris à exprimer ?

Vois-tu, il est donc possible que l’ennui que tu vis aujourd’hui soit une émotion qui parasite ton émotion authentique de joie par exemple.

Je prends l’exemple d’un dirigeant d’entreprise d’esprit familial qui avait l’habitude de célébrer les succès engendrés par l’équipe. Quand ils avaient atteints leurs objectifs ambitieux, ils allaient manger une pizza ensemble. Et au fil du temps, les résultats arrivaient mais n’étaient plus célébrés. En travaillant avec ce dirigeant, il a constaté qu’au début il faisait ce rituel pour faire différemment que ce qu’il avait connu dans sa famille. Son père disait toujours « c’est bien, continuons » et ils travaillaient toujours et toujours jusqu’à l’épuisement. Son père lui a appris à travailler dur et n’a pas laissé l’espace à la célébration.

Son scénario s’est réinvité dans son activité malgré lui.

L’ennui s’est réinvité et a parasité la joie qui probablement n’était pas interdite, mais en tout cas était empêchée, non favorisée.

Will Schutz, dans son livre Joie, montre avec une grande clarté que la joie n’est pas un luxe ni un état superficiel.

Elle est l’expression d’une personne qui s’autorise à être pleinement en contact avec elle-même, avec les autres et avec ce qui la fait vraiment vibrer.

Quand cette connexion se distend, l’énergie baisse, le sens s’érode, et l’ennui s’installe comme un climat intérieur.

Chez le dirigeant, ce processus est particulièrement puissant. Et c’est compréhensible, parce que le rôle demande de la constance, de la solidité, de la disponibilité.

Parce que l’organisation a besoin que quelqu’un reste debout, fort et volontaire.

Et parce que, très souvent, le dirigeant a appris très tôt à mettre de côté ce qui le nourrissait vraiment pour répondre à ce que l’on attendait de lui.

L’ennui devient alors le signal discret que quelque chose d’authentique demande à être recontacté, à être autorisé, à être permis.

Ce signal mérite d’être accueilli avec attention.

Quand l’ennui s’installe durablement, il commence à transformer la façon de diriger.

Les décisions deviennent plus mécaniques.

Les relations avec l’équipe perdent en intensité et en authenticité.

La créativité s’émousse.

Et progressivement, la souffrance au travail s’installe, non pas toujours sous forme de crise spectaculaire, mais sous forme d’un éloignement de soi.

Mon travail consiste précisément à accompagner les dirigeants et les équipes pour retrouver ce lien avec ce qui les anime profondément.

Reconnecter les personnes à leur sentiment authentique, à leur désir, à leur joie, c’est leur permettre de retrouver une énergie vivante, une présence réelle et une capacité à inspirer naturellement.

Quand ce lien se rétablit, la souffrance diminue, l’engagement revient, et le leadership retrouve sa dimension incarnée.

L’ennui, dans cette perspective, n’est pas une fin.

C’est une invitation.

Une invitation à regarder de plus près ce qui a été mis de côté, ce qui a été protégé, ce qui attend d’être à nouveau autorisé.

Plus tu t’intéresses à ce signal, plus tu ouvres la possibilité de te connaître davantage, de comprendre ce qui te fait vraiment vivre, et de diriger depuis un endroit plus juste et plus nourrissant.

Prends soin de toi.

On se retrouve mardi prochain.

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