[Episode in French] Dans cet épisode de la série “Parlez-vous farangset ?” d'Alliance On Air, le podcast de l’Alliance Française de Bangkok, nous recevons Marie-Noëlle Cocton, enseignante et autrice de manuels de FLE (Français Langue Étrangère), et Assma Boulaïch, représentante internationale des éditions Didier FLE.
Elles partagent leur expérience et leur passion pour l’enseignement du français aux adolescents : comment susciter leur motivation, adapter les contenus à leurs centres d’intérêt, et créer en classe un climat de confiance propice à l’apprentissage.
À travers leurs échanges, découvrez une vision vivante et bienveillante de l’enseignement des langues, où apprendre le français devient un espace d’expression, de créativité et de plaisir partagé.
Un épisode inspirant pour tous ceux qui enseignent, apprennent ou simplement aiment la langue française.
(Episode en français. Durée : 16 minutes)
🎧 Transcription complète (hors jingle)
Introduction et présentation des invitées
🎙️ Animatrice :
Bonjour et bienvenue sur *Parlez-vous français ?*, la série du podcast *Alliance On Air*, produite par l’Alliance Française de Bangkok. C’est le podcast dédié à la langue française et à son apprentissage.
Aujourd’hui, nous avons le plaisir de recevoir Marie-Noëlle Coton et Asma Boulaïch pour parler de l’enseignement du français, notamment auprès du public adolescent.
Bienvenue Asma, bienvenue Marie-Noëlle.
👩 Marie-Noëlle :
Merci !
Je suis Marie-Noëlle Coton, j’enseigne le français langue étrangère à Angers, au CIDEF (Centre International d’Études Françaises). Je suis aussi responsable d’un Master de FLE à l’Université Catholique de l’Ouest, toujours à Angers, dans le nord-ouest de la France.
Je suis également autrice pour la maison d’édition Didier FLE, avec plusieurs méthodes et collections, dont *L’Atelier* et plus récemment *Imagine*, une collection destinée aux adolescents.
🎙️ Animatrice :
Vous avez aussi participé à la collection *Saisons*, très connue des enseignants de français langue étrangère !
👩 Marie-Noëlle :
Oui, tout à fait. Et je suis ravie de rencontrer aujourd’hui des enseignants qui l’ont utilisée !
👩 Asma :
Je suis Asma Boulaïch, représentante internationale pour la maison d’édition Didier FLE.
Mon rôle consiste à rencontrer des enseignants dans le monde entier, à échanger sur leurs pratiques et leurs besoins, et à faire remonter ces informations à la maison d’édition pour créer, avec les auteurs, des ouvrages adaptés à leurs réalités.
Je suis également enseignante et formatrice en français langue étrangère, et j’ai travaillé dans de nombreux pays.
🎙️ Animatrice :
Vous étiez d’ailleurs à Bangkok récemment, pour le séminaire régional et une formation à l’université de Thammasat.
👩 Asma :
Oui, tout à fait ! J’y ai animé un atelier sur l’expression théâtrale et sur les stratégies pour motiver les adolescents, un sujet essentiel ici en Thaïlande.
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Pourquoi apprendre une langue aujourd’hui ?
🎙️ Animatrice :
En Thaïlande, environ 26 000 élèves apprennent le français dans le secondaire, encadrés par plus de 370 professeurs, majoritairement thaïlandais.
Mais avec les nouvelles technologies, certains se demandent : *à quoi bon apprendre une langue étrangère, quand des écouteurs peuvent traduire instantanément une conversation ?*
👩 Marie-Noëlle :
C’est une très bonne question ! Si on reprend la pyramide de Maslow, les outils de traduction répondent aux besoins de base : comprendre, communiquer, “survivre” dans une langue étrangère.
Mais apprendre une langue, c’est bien plus que ça : c’est monter dans la pyramide, atteindre les niveaux d’appartenance et d’accomplissement personnel.
Apprendre une langue permet de faire partie d’une communauté, de s’ouvrir aux autres, d’échanger réellement.
Et sur le plan cognitif, cela développe la mémoire, la résolution de problèmes, et même la plasticité cérébrale. C’est un véritable exercice pour le cerveau.
👩 Asma :
Oui, et au-delà de l’aspect cognitif, il y a tout ce que la langue apporte en termes de relations humaines et interculturelles.
Les outils peuvent aider pour une traduction ponctuelle, mais ils ne remplacent pas la rencontre, l’émotion, ou la compréhension mutuelle que l’apprentissage d’une langue rend possibles.
C’est un processus qui permet aux adolescents de se construire, de découvrir l’autre et de se découvrir eux-mêmes.
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Comment motiver les adolescents à apprendre ?
🎙️ Animatrice :
Le public adolescent n’est pas toujours le plus facile à motiver. Quelles sont vos astuces pour capter leur attention ?
👩 Marie-Noëlle :
D’abord, éviter de se réfugier derrière la grammaire. Beaucoup d’enseignants se rassurent avec la grammaire, mais c’est souvent démotivant pour les jeunes.
Il faut laisser la place à l’apprenant, s’intéresser à lui, à ce qu’il aime.
Proposer des contenus qui lui parlent : vidéos courtes, humour, culture populaire.
Les adolescents vivent dans un monde d’images, de formats rapides, de mini-séries, de vidéos. Il faut s’en inspirer.
👩 Asma :
Exactement. Il faut créer un environnement sécurisant et bienveillant.
L’adolescence, c’est une période où l’on cherche à être reconnu, compris, à exister dans le regard des autres.
Le rôle de l’enseignant, c’est de donner confiance, d’encourager, de valoriser, même les petites réussites.
Et de favoriser les activités collaboratives, où les jeunes peuvent s’expliquer entre eux, s’entraider, échanger.
👩 Marie-Noëlle :
C’est aussi ce que nous avons voulu faire avec la méthode *Imagine* : intégrer le jeu, la coopération, le travail en groupe.
Les adolescents peuvent apprendre en s’amusant : à travers des jeux de rôle, des débats, des activités théâtrales.
Il faut laisser de la liberté, permettre aux jeunes de s’exprimer et au professeur de devenir un guide plutôt qu’un maître du cours.
👩 Asma :
Et surtout, il faut encourager les enseignants à sortir du modèle traditionnel, celui du silence et de la prise de notes.
Remplir le temps de classe par des activités vivantes, collaboratives et créatives, c’est ce qui révèle les élèves, leur personnalité et leur motivation.
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L’enseignement en Thaïlande et la formation des professeurs
🎙️ Animatrice :
Vous avez récemment animé une formation avec des enseignants thaïlandais. Qu’en avez-vous retenu ?
👩 Asma :
J’ai été frappée par leur enthousiasme et leur humour !
Au début, ils étaient un peu timides, dans une posture d’écoute. Mais très vite, ils se sont libérés, ont pris confiance, et sont devenus extrêmement participatifs.
Ils ont de vraies compétences d’animation, il suffit juste de réveiller cette énergie.
Je leur ai même demandé de se calmer à un moment, tellement ils étaient investis !
Le vrai défi pour eux, c’est de dépasser le cadre strictement scolaire, de lâcher prise, d’oser expérimenter.
Une enseignante m’a dit à la fin : *“Ce que je retiens, c’est qu’il faut se faire confiance. Peu importe le chemin, tant qu’on atteint l’objectif.”*
C’est exactement ça : enseigner, c’est prendre des risques, sortir de sa zone de confort et découvrir ses propres capacités.
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Conclusion
🎙️ Animatrice :
Merci beaucoup, Asma et Marie-Noëlle, pour ces échanges inspirants.
Cet épisode de *Parlez-vous français ?*, le podcast de l’Alliance Française de Bangkok, met en lumière une approche de l’enseignement fondée sur le plaisir, la créativité, la confiance et la collaboration.
👩 Asma & 👩 Marie-Noëlle :
Merci à vous !
🎙️ Animatrice :
Apprendre une langue, c’est avant tout apprendre à se découvrir et à se relier aux autres.