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[🇫🇷#91] "Un diplomate, c'est une machine à positiver" Francois Delattre, Monsieur l'Ambassadeur de France en Allemagne avec Hélène Kohl, du Podkast
Episode 9110th July 2026 • berlindetoi • Gabrielle Charpentier
00:00:00 00:56:40

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Shownotes

C'est dans la bibliothèque de l'Ambassade de France à Berlin, face à la Porte de Brandebourg, que je rejoins mon acolyte Hélène Kohl du Podkast pour une interview croisée avec François Delattre, Ambassadeur de France en Allemagne depuis 2022 🇫🇷🤝 🇩🇪

La politique franco-allemande d'un côté, l'homme derrière la fonction de l'autre, nous croisons nos angles et nos voix pour découvrir la richesse de ce métier 👀🗣️

Nouvelle équation allemande, revers de la collaboration, réseaux sociaux, pression physique du métier et souhaits d'avenir, François Delattre nous ouvre les coulisses du quotidien d'ambassadeur 💼🤓

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Transcripts

Speaker:

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Berlin de toi. Je

Speaker:

m'appelle Gabrielle et habituellement j'enregistre seule face à des personnalités inspirantes et

Speaker:

inspirées qui habitent à Berlin. Aujourd'hui je rejoins Hélène Kohl du podcast Avec un cas

Speaker:

pour une interview croisée avec un invité exceptionnel, François Delattre, monsieur

Speaker:

l'ambassadeur de France en Allemagne. Chacune à notre façon, nous abordons les différentes

Speaker:

facettes du métier d'ambassadeur et de diplomate. Merci à toutes les personnes qui ont rendu

Speaker:

possible cet échange et j'espère que vous y trouverez autant d'informations et de plaisir

Speaker:

que nous y avons trouvé. Je vous souhaite une excellente écoute et je vous dis à tout de suite.

Speaker:

Bonjour monsieur l'ambassadeur. Bonjour. Avec mon micro pour le podcast Avec un cas,

Speaker:

je viens échanger aujourd'hui avec le décrypteur de la politique allemande et des arcanes franco-allemandes.

Speaker:

Bonjour monsieur François Delattre. Bonjour. De mon côté, avec le podcast Berlin de toi,

Speaker:

je cherche plutôt l'homme derrière la fonction et le but c'est d'aborder ce côté un peu plus

Speaker:

personnel de ce que veut dire être un ambassadeur, être un diplomate et ce que vous faites dans votre

Speaker:

quotidien en tant que monsieur François Delattre. Et à nous deux, on va croiser du coup nos deux

Speaker:

podcasts et nos deux angles pour faire une interview aujourd'hui et vous nous accueillez

Speaker:

très généreusement dans ce magnifique lieu qui est la bibliothèque de l'ambassade de France.

Speaker:

Et on se demandait justement, moi je vous ai appelé monsieur l'ambassadeur, elle a dit monsieur

Speaker:

François Delattre. Qu'est-ce que vous préférez pour cette interview ou est-ce qu'il faut dire

Speaker:

votre excellence ? Dans la vie réelle, il faudrait dire François et là vous pouvez vous adresser à

Speaker:

moi sans avoir même besoin de mettre un titre parce que ce n'est pas la peine. Mais moi je

Speaker:

voulais vous dire aussi combien j'apprécie ce que vous faites, littéral, véritablement,

Speaker:

combien j'apprécie le podcast d'Hélène Kohl, combien j'apprécie l'émission Berlin de Toit

Speaker:

de Gabrielle Charpentier qui sont des voix importantes pour le franco-allemand et je

Speaker:

tenais absolument à le dire. Merci beaucoup. Alors on est où ? On est dans la bibliothèque

Speaker:

de l'ambassade. Avec une vue absolument extraordinaire sur la porte de Brandenburg.

Speaker:

J'avoue que moi la première fois que je suis venue à l'ambassade de France, je me suis dit c'est

Speaker:

une chance extraordinaire de travailler avec une telle vue. Mais c'est à la fois un endroit où il

Speaker:

y a les manifestations de la population locale, les touristes du monde entier, ça a été un symbole à

Speaker:

la fois de la fracture, de la réunification, etc. Ça fait quoi de voir ce monument tous les jours

Speaker:

quand vous venez travailler ? En somme, est-ce que ça apporte une gravité à votre fonction ou au

Speaker:

contraire ça lui apporte de l'énergie ? Les deux en général. D'abord en effet, vous l'avez dit,

Speaker:

ce qui est frappant c'est tout simplement la beauté du lieu. C'est-à-dire d'être de plein

Speaker:

pied face à la porte de Brandenburg avec l'Hôtel Adlon, la DZ Bank, ce bâtiment de Frank Gehry,

Speaker:

l'ambassade américaine, l'Académie des Arts. C'est un environnement propice à la réflexion,

Speaker:

à l'action aussi. C'est la beauté du lieu qui frappe d'abord je trouve personnellement. Ensuite

Speaker:

c'est un balcon privilégié sur l'histoire. Quand je vois cette place, et plus important quand je

Speaker:

vois mes invités ou interlocuteurs allemands la voir, il y a beaucoup d'émotions. L'émotion

Speaker:

historique qui s'attache aux troupes de Napoléon qui ont défilé ici de 1806. J'ai quelques

Speaker:

gravures sur le sujet à l'ambassade. Les troupes nazies défilant à pas cadencés dans les années

Speaker:

30, sous les fenêtres de l'ancienne ambassade de France. Bien sûr la chute du mur de Berlin.

Speaker:

Formidable espoir pour l'Allemagne, pour l'Europe et espoir universel. C'est tout ça aussi. Et puis

Speaker:

enfin, ces fenêtres sont comme un écran géant sur le Berlin d'aujourd'hui, sur la scène berlinoise,

Speaker:

vous l'avez dit, sur les manifestations qui sont nombreuses devant nos fenêtres, sur les concerts

Speaker:

qui sont permanents, nuit inclue devant nos fenêtres, sur les visites d'État. Je pense qu'avec

Speaker:

l'équipe ici, on a tous en mémoire la visite d'État du roi Charles, il y a quelque temps, devant nos

Speaker:

fenêtres, où en même temps on écoutait CNN. Et la chaîne CNN rendait compte des agents de

Speaker:

l'ambassade de France, à leurs fenêtres, donc de la République française, à leurs fenêtres pour

Speaker:

suivre la royauté britannique. Et la combinaison des trois, cette beauté inspirante, cette

Speaker:

profondeur en effet, cette gravité, cette scène aussi vibrante, je trouve, rend le lieu très

Speaker:

particulier. Et pour nous autres diplomates qui sautons d'un pays à l'autre, qui sommes en

Speaker:

permanence dans les cartons des déménagements, qui avons les yeux délavés de tout ce que

Speaker:

nous avons vu, c'est important d'être ancré. Et ici, nous sommes ancrés. Et chaque jour, je mesure

Speaker:

ce privilège-là. Chaque jour, je pense aussi à mon grand-oncle André Bouloche, donc grand résistant,

Speaker:

représentant de De Gaulle dans Paris occupé, échappé de trois camps de concentration, et qui est

Speaker:

devenu, après 45, l'un des porte-drapeaux de la relation franco-allemande, de l'Europe, comme haut

Speaker:

fonctionnaire, comme maire de Montbéliard, qui est l'un des tout premiers jumelages, comme vous le savez, avec

Speaker:

Ludwigsburg, en l'occurrence, et puis aussi comme ministre sous le général De Gaulle. Donc, être

Speaker:

ambassadeur, être diplomate ici, c'est tout ça en même temps. Et donc, ça vous oblige pour parler

Speaker:

court, ça vous oblige à essayer d'être au niveau, d'être à la hauteur de la fonction, de la mission, du lieu.

Speaker:

En fait, vous avez déjà pris les deux prochaines questions. C'est super, parce que j'avais une

Speaker:

question, justement, pour savoir si vous pensiez souvent à Robert Coulondre, qui était votre

Speaker:

prédécesseur en septembre 1939, et qui a traversé cette place, sorti du bâtiment, fermé à clé, pour

Speaker:

aller déclarer la guerre à l'Allemagne nazie. C'est ça aussi, ce lieu, c'est le lieu, c'est une forme de

Speaker:

résilience de la pierre. On a eu la guerre, on a aujourd'hui le travail en commun et l'Europe. Et

Speaker:

l'autre question qu'on avait, c'était effectivement cette histoire personnelle et familiale avec

Speaker:

l'Allemagne, avec votre Grand Conc, mais en fait, du coup, je passe tout de suite à la question suivante.

Speaker:

Vous, personnellement, votre compagnonnage avec l'Allemagne, quand est-ce qu'il a commencé et

Speaker:

comment ? Est-ce que c'est juste parce qu'on est un bon élève en France et qu'on se dit que faire

Speaker:

de l'allemand, ça vaut le coup ? Un peu plus. Il y avait cette tradition familiale, André Bouloche. Du coup,

Speaker:

c'est assez naturellement que j'ai fait allemand première langue, en réalité. Ensuite, dans le cadre

Speaker:

de ma scolarité, j'ai fait un stage de six mois chez Bosch Elektrowerkzeuger à Reutlingen, près

Speaker:

de Stuttgart. Donc, je suis incollable dans l'usage des tronçonneuses, des perceuses. Dites ça à ma

Speaker:

femme, elle va franchement rigoler. Donc, j'ai commencé par là. Ensuite, ma scolarité. Ensuite,

Speaker:

mon premier poste a été à Bonn, pendant la réunification. Littéralement, j'y étais entre

Speaker:

89 et 92. Et cette expérience a été pour moi fondatrice au sens vrai, dans la mesure où je

Speaker:

suis venu à Berlin. J'y ai pleuré avec mes amis allemands, de joie, après la chute du mur de Berlin.

Speaker:

Je les ai accompagnés dans les mois importants, évidemment, qui ont suivi. Et du coup, je pense

Speaker:

avoir une vision un peu différente de celle de mes collègues qui, souvent, connaissent l'Allemagne

Speaker:

mieux que moi et qui ont une vision, finalement, assez intellectuelle de l'Allemagne, qui est assez

Speaker:

répandue en France. C'est intellectuel, philosophique. Moi, j'admire, bien sûr, la philosophie, la

Speaker:

littérature allemande, mais ma vision est plus émotive, plus émotionnelle, parce que je suis

Speaker:

convaincu, personnellement, qu'il y a, en effet, une forme de foi européenne, peut-être même de foi

Speaker:

franco-allemande, qui va au-delà des intérêts immédiats des deux États, qui est une communauté

Speaker:

de valeurs, de destins. Et ça me parle, en effet. Je pense que l'expérience de 89 à Bonn-Berlin,

Speaker:

parce que j'étais entre les deux, a joué, en fait. Et alors, quand vous êtes devenu diplomate,

Speaker:

est-ce que la réalité correspondait aux rêves que vous en aviez ? Ah oui ! Alors, ça, c'est une autre

Speaker:

affaire, c'est-à-dire que ma vocation est une vocation diplomatique. Je ne serais pas rentré

Speaker:

dans la fonction publique française si c'était une autre mission qui m'avait été proposée.

Speaker:

J'ai vraiment fait mes études pour ça, pour être diplomate, en jouant en jeune avec des mappemondes,

Speaker:

en étant convaincu qu'un diplomate français, aujourd'hui, peut modestement, bien sûr, mais faire

Speaker:

une différence là où il est. Et non seulement je n'ai pas été déçu, mais je dois dire que l'accueil

Speaker:

que m'ont réservé nos amis allemands en 89, lorsque jeune diplomate, vous arrivez à la salle de France

Speaker:

à Bonn, à l'époque, un peu intimidé, et je n'oublierai jamais cette fiabilité, bien sûr,

Speaker:

allemande, bien connue et très réelle, mais cette gentillesse, la manière dont j'ai été accueilli en

Speaker:

Allemagne par mon environnement allemand. Il se trouve que j'étais par ailleurs, là où je logeais,

Speaker:

entre une gelata italienne et, j'ai honte de le dire sur cette antenne, un McDo, et que du coup,

Speaker:

ces trois ans à Bonn m'ont fait prospérer sur le plan de la santé. Mais je n'oublierai jamais,

Speaker:

sur un mode plus sérieux, cet accueil magnifique de nos amis allemands, qui tout de suite m'a mis

Speaker:

en effet dans le bain de la bonne diplomatie, celle qui consiste à nouer des ponts, à multiplier les

Speaker:

partenariats. Et donc ça m'a lancé en fait, l'Allemagne m'a lancé. Et oui, parce qu'ensuite

Speaker:

vous avez fait un petit détour, notamment au Canada et aux Etats-Unis. Quelle était la différence

Speaker:

entre le fait d'être diplomate ambassadeur en Allemagne et dans ces autres pays ? Est-ce qu'il y a

Speaker:

une particularité ? Une couche supplémentaire à la mission de diplomate ici en Allemagne ?

Speaker:

Alors c'est clair. C'est-à-dire que d'abord, quand vous êtes diplomate en Allemagne,

Speaker:

vous représentez la France dans le pays avec lequel la densité de la relation est la plus

Speaker:

forte. Il n'y a pas de pays au monde, à mon avis, qui ait une densité de relation aussi forte que

Speaker:

la France et l'Allemagne. C'est la première particularité. Donc quand vous arrivez ici,

Speaker:

vous traitez véritablement de tous les sujets scientifiques, culturels, financiers, historiques,

Speaker:

au carré, avec vraiment une densité très forte. Deuxièmement, quand vous êtes diplomate français

Speaker:

en Allemagne, vous occupez de la relation bilatérale, qui encore une fois est énorme,

Speaker:

mais en plus vous vous occupez de l'Europe. Vous avez en permanence dans un coin de votre cerveau

Speaker:

le sentiment que ce que vous faites peut servir d'exemple ou de rampe de lancement ou de

Speaker:

catapulte pour une initiative européenne. Et je dirais quand même que la troisième chose,

Speaker:

c'est le niveau d'exigence. Pour répondre à votre question initiale plus personnelle,

Speaker:

quand vous êtes ambassadeur de France à Washington et que vous allez parler devant 300 hommes d'affaires

Speaker:

ou hommes et femmes d'affaires, bien sûr, à la Silicon Valley, surtout vous ne devez pas avoir

Speaker:

de cravate, surtout pas de texte à lire, sinon vous êtes d'emblée disqualifié. Et donc c'est un

Speaker:

genre particulier avec la opening joke, la blague du début du speech. Et en général, ce sont trois,

Speaker:

quatre points assez généraux sur lesquels ensuite le public américain revient de manière assez

Speaker:

générale. Quand vous êtes en Allemagne, vous parlez à 300 hommes et femmes d'affaires à

Speaker:

Düsseldorf, pour prendre cet exemple, à Francfort, je peux vous dire que votre exposé doit être très

Speaker:

charpenté. C'est le niveau qu'on attend d'un ambassadeur de France ici, puisqu'ils nous connaissent

Speaker:

très bien. Et le niveau des questions est sans rapport. Moi, ça m'est arrivé, après un exposé

Speaker:

général sur la situation économique en France, d'avoir comme première question. Mais monsieur

Speaker:

l'ambassadeur, l'article 2 alinéa 3 du projet de loi de finances rectificative, qui est en cours

Speaker:

d'examen au Sénat, indique ceci. Donc vous devez connaître vos dossiers, mais vraiment sur le bout

Speaker:

des ongles, parce que l'Allemagne nous connaît. Donc je pense que ce sont les trois différences, la

Speaker:

densité, la perspective européenne et franchement, le niveau d'exigence. Est-ce que je me permets de

Speaker:

demander un petit écart, vous êtes autorisé, un côté French touch ? Ah oui, tout à fait. Mais la

Speaker:

question est bonne. Le secret de ce métier, vraiment, je le pense, c'est d'être soi-même. Pour être un

Speaker:

bon diplomate, il faut représenter le pays, il faut l'aimer, il faut aimer le pays dans lequel on est. Mais

Speaker:

il faut surtout être soi-même. On ne peut pas, comme diplomate, se singer, comme on dit familièrement.

Speaker:

On ne peut pas ne pas être authentique. Donc il faut être soi, être français. Je peux vous dire qu'avec

Speaker:

mon accent français, le public allemand reconnaît très vite qui je suis. Mais quelque part, ça aide

Speaker:

aussi. Ça ancre, encore une fois, ça ancre, ça donne une forme de vérité, d'authenticité qui est vitale

Speaker:

dans le métier. Alors là, on va passer au dossier politique. Moi, pour le podcast, je suis l'actualité

Speaker:

politique allemande en français. Vous êtes un acteur, de toute façon, indirect aussi, de cette politique

Speaker:

allemande, puisque vous faites du franco-allemand votre vie et votre mission politique, votre mission

Speaker:

ici de diplomate. Ça fait un an qu'on a Friedrich Merz comme Bundeskanzler, ici en Allemagne. On

Speaker:

parle souvent de son style en France, en disant qu'il est beaucoup plus dynamique, il est peut-être

Speaker:

disruptif, il est sans filtre. C'est un titre que j'ai utilisé pour un des épisodes du podcast.

Speaker:

Comment est-ce que la relation franco-allemande s'est adaptée à ce changement de ton ? Il y avait beaucoup

Speaker:

d'attentes à Paris. Un an plus tard, est-ce que cette énergie est toujours là ou est-ce que la magie des

Speaker:

débuts est un petit peu retombée ?

Speaker:

Je pense d'abord que dans la relation franco-allemande, qui est une relation, encore une fois, d'une densité

Speaker:

exceptionnelle, l'équation personnelle, l'alchimie qui existe entre le président de la République et le

Speaker:

chancelier est importante, puisque de tradition, la relation franco-allemande, c'est une relation

Speaker:

dans laquelle on part de prémices différentes, de positions de départ différentes, et la relation

Speaker:

franco-allemande est en quelque sorte, même si je n'ai pas le terme, une machine à converger, à se

Speaker:

mettre d'accord, à force de discussions, de négociations, pour trouver un point d'équilibre

Speaker:

qui souvent sera le point d'équilibre peu ou prou de l'Europe. Donc cette relation est toujours

Speaker:

importante. Les deux que j'ai connues ici, celle qui a précédé et celle d'aujourd'hui, ont été bonnes

Speaker:

en réalité. Je dis ça parce que déjà avec Olaf Scholz, beaucoup a été fait, et la presse peut-être

Speaker:

n'en a pas beaucoup rendu compte, et sans jugement, mais le fait est qu'à travers, par exemple,

Speaker:

j'ai beaucoup d'exemples en tête, c'est Olaf Scholz et le président de la République qui

Speaker:

ont lancé ensemble ces séminaires intergouvernementaux franco-allemands qui ont permis, au lieu des grands

Speaker:

messes traditionnelles qui existaient avant, qu'étaient les sommets franco-allemands, de réunir une

Speaker:

poignée de ministres, pas plus d'une dizaine, autour de thèmes déterminés, et ça s'est avéré un très

Speaker:

bon choix pour avoir des discussions beaucoup plus interactives, beaucoup plus productives.

Speaker:

Autre chose qu'on doit à Olaf Scholz, c'est le sommet de Meseberg qui a immédiatement suivi la

Speaker:

visite d'Etat en mai 2024, et qui a vraiment mis sur l'éra l'union des marchés de capitaux, qui est

Speaker:

un enjeu important pour mobiliser les ressources financières de l'Europe au service de

Speaker:

la compétitivité de l'industrie européenne. Donc beaucoup a été fait avec Olaf Scholz, mais c'est vrai

Speaker:

qu'il y a eu un esprit nouveau, vous l'avez dit dans votre question, avec Friedrich Merz, aucun doute.

Speaker:

C'est vrai que l'équation, l'alchimie personnelle entre le président de la République et Friedrich

Speaker:

Merz a été excellente d'emblée. C'est vrai aussi que l'un et l'autre partagent une même vision

Speaker:

de l'Europe, c'est important. Friedrich Merz est le fils spirituel de Wolfgang Schäuble,

Speaker:

avec une vraie foi européenne. Je pense que Merz n'a pas oublié le fait que le président Macron

Speaker:

soit venu parler au Bundestag pour les obsèques de Wolfgang Schäuble. C'était un discours très

Speaker:

émouvant. Et donc il y a des choses importantes, émotionnelles, j'en reviens souvent à ça, qui

Speaker:

rassemblent les deux hommes, qui fait que l'équation, l'alchimie a tout de suite été très bonne. Et c'est

Speaker:

vrai que d'emblée, dès l'élection de Friedrich Merz, et a fortiori dès la mise en place de son

Speaker:

gouvernement, littéralement le lendemain, le président et le chancelier décidaient de publier

Speaker:

ensemble, c'est une longue histoire et je ne veux pas revenir dans les détails,

Speaker:

mais une déclaration commune qui était très importante, puis de jeter sur les fonds

Speaker:

baptismaux les conclusions du sommet de Toulon, en août de l'année dernière, qui a vraiment visé à

Speaker:

ouvrir un nouveau chapitre, pour le dire brièvement, dans la relation franco-allemand. Donc le lien

Speaker:

entre l'équation personnelle des deux leaders, comme on dit, et la relation franco-allemand est

Speaker:

toujours importante. Et aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a cette alchimie, il y a cette relation

Speaker:

directe, et c'est un plus incontestablement pour la relation franco-allemand. Et pourtant, on a des

Speaker:

revers. Évidemment, on a eu là, en cette fin de printemps, la question de l'avion du SCAF, après

Speaker:

des années d'efforts diplomatiques, de négociations, de réunions, et parfois des petites phrases

Speaker:

maladroites, des mots, des noms d'oiseaux échangés de part et d'autre. Comment on fait pour rebondir

Speaker:

quand on a un revers comme celui-ci ? Franchement, voilà, on n'a pas pris ça comme une très bonne

Speaker:

nouvelle. Et comment on fait pour préparer un prochain Conseil des ministres franco-allemand ?

Speaker:

Comment on retrouve cette foi, cette énergie ? Un jour, quelqu'un m'a dit, il faut un peu avoir de la

Speaker:

folie pour faire du franco-allemand. Est-ce que c'est comme ça que vous abordez la grande politique

Speaker:

franco-allemande ? Alors, comment dire, pour mettre les choses un peu en perspective, c'est vrai que la

Speaker:

relation franco-allemande n'a jamais été un long fleuve tranquille. Souvenez-vous, l'acte fondateur

Speaker:

de cette réconciliation, c'est le traité de l'Elysée de 1963, qui est le fruit de la vision de deux hommes,

Speaker:

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, qui donc ont signé le traité de l'Elysée en janvier 1963. Six mois

Speaker:

plus tard, le Bundestag décidait d'y adjoindre, si je dois dire, un préambule qui était, lui, très

Speaker:

tourné vers la relation avec les Etats-Unis, et qui a mis de Gaulle dans la fureur que vous savez, ce

Speaker:

qu'il a même transcrit dans certaines lignes dans ses mémoires, que je trouve extrêmement intéressante.

Speaker:

Donc, dès l'origine, et c'est quelque part la force du franco-allemand, il y a ce « je », il y a ce « je », nous ne sommes pas

Speaker:

pareils, nous ne pensons pas la même chose, comme disait l'un de mes prédécesseurs, Courdomontagne,

Speaker:

à mon avis, à juste titre. Un allemand, c'est pas simplement un français qui parle allemand, ce sont

Speaker:

deux ADN un peu différents, et tant mieux, c'est notre force. Donc ça n'a jamais été un long fleuve

Speaker:

tranquille, vous avez des pages sur la relation entre le président Chirac et Gerhard Schröder,

Speaker:

entre quasiment tous les chanceliers, qui montrent des tensions, c'est normal. Je crois qu'aujourd'hui,

Speaker:

il y a des hauts et des bas, bien sûr, au quotidien, mais nous sommes dans cette période de relance

Speaker:

profonde de la relation franco-allemande, incarnée dans l'agenda du sommet franco-allemand de Toulon

Speaker:

d'août de l'année dernière, qui à mon avis a été l'un des plus grands sommets franco-allemand de

Speaker:

les décennies écoulées, c'était un grand sommet franco-allemand. Et aujourd'hui, alors sans rentrer

Speaker:

forcément ici dans le détail, mais vous avez, pour ne prendre que l'exemple de la défense et de la

Speaker:

sécurité, vous avez parlé du SCAF, le passé est le passé, le fait est que l'initiative par exemple du

Speaker:

président de la République sur la dissuasion avancée a été très bien reçue en Allemagne, et qu'au

Speaker:

moment où nous parlons, nous avons engagé en franco-allemand un dialogue stratégique sans

Speaker:

précédent et d'une remarquable qualité, je peux en attester, qualité éthique, qualité intellectuelle,

Speaker:

et que dans le même mouvement, nous travaillons en franco-allemand aussi sur les coopérations

Speaker:

industrielles qui pourraient accompagner ce qu'on appelle l'épaulement de la dissuasion, sans être

Speaker:

trop ésotérique, ça signifie tout ce qui concerne l'alerte avancée pour suivre les missiles, leur

Speaker:

départ et leur trajectographie, les défenses aériennes et antimissiles, qui est un énorme enjeu

Speaker:

industriel et géopolitique évidemment, et stratégique, les frappes dans la grande profondeur, qui est un

Speaker:

sujet qui fait les unes des médias aujourd'hui, parce que la France et l'Allemagne sont très

Speaker:

proches, donc c'est pas un dossier au dépend des autres, c'est une multitude de dossiers, et le

Speaker:

franco-allemand doit impérativement à chaque étape construire ou reconstruire quelque chose de nouveau,

Speaker:

et c'est ce qu'on fait aujourd'hui pour prendre uniquement l'exemple de la défense, puisque c'était

Speaker:

votre question, sur la dissuasion avancée, et tout cela me rend optimiste, je suis un homme

Speaker:

résolument optimiste de la relation franco-allemande, et d'ailleurs si je peux faire une incidente,

Speaker:

qui m'éloigne un peu de votre question, je considère fondamentalement qu'un ambassadeur, c'est une

Speaker:

machine à positiver. Super, parce que c'était la question que j'avais posée. Ah la question était très bonne,

Speaker:

zut, désolé, vous m'avez entendu alors. Oui, parce que dans l'autre sens, moi qui ai grandi avec les réseaux sociaux,

Speaker:

internet, etc, je me demande un petit peu qu'est-ce qu'il y avait à rajouter aujourd'hui d'un ambassadeur, d'un

Speaker:

club diplomatique, quand les présidents peuvent se contacter directement par WhatsApp, et aussi du

Speaker:

coup, quelle est la raison existentielle même de la diplomatie dans ce monde-là ? Écoutez, le fait que

Speaker:

le président et le chancelier puissent échanger par les moyens les plus directs est un plus. D'abord,

Speaker:

c'est un plus dans la relation, c'est un plus en termes d'efficacité et de rapidité, numéro 1.

Speaker:

Numéro 2, cela n'enlève en rien l'importance, l'exigence du travail de fond des deux ambassades,

Speaker:

donc l'ambassade de France en Allemagne, l'ambassade d'Allemagne à Paris dans ce cas, sur l'ampleur, la

Speaker:

densité des dossiers qu'on a évoqués ensemble au début de cet entretien. Et troisièmement, pour

Speaker:

l'ambassadeur que je suis, je dirais même que ça rend plus nécessaire encore d'avoir une relation

Speaker:

directe avec, dans mon cas, le président de la République, chacun des ministres, avec du côté

Speaker:

allemand le chancelier, le vice-chancelier et chacun des ministres allemands. Donc quelque part,

Speaker:

cette immédiateté renforce le rôle central, et je ne le dis pas pour moi bien sûr, des ambassadeurs

Speaker:

et la nécessité pour eux d'être directement branchés au plus haut niveau de leurs états

Speaker:

respectifs. Et combien de fois ai-je été saisi par mon président ou par son équipe ou par l'un de

Speaker:

mes ministres sur le mode, je viens d'échanger avec le chancelier qui me dit que, est-ce qu'on

Speaker:

peut essayer de travailler en ce sens ? Et les choses se font tout naturellement ainsi. L'immédiateté

Speaker:

des moyens de communication, loin, vraiment je le pense, loin d'enlever au rôle des ambassades,

Speaker:

des ambassadeurs, des diplomates, ne fait au contraire que le rendre plus important et plus

Speaker:

exigeant. C'est-à-dire que oui, le rythme, qui est celui de mon travail par exemple, et celui

Speaker:

de mes équipes ici à l'ambassade, je pense est sans rapport avec ce qu'il était il y a un siècle,

Speaker:

ça c'est clair. Et pareil par rapport à votre question, une relation quelle qu'elle soit est

Speaker:

faite de difficultés, puisque c'est l'objet même d'une négociation, de rapprocher les positions

Speaker:

qui sont par construction différentes. Et dans cette perspective, c'est vital, je pense, et en

Speaker:

plus je dois dire c'est ma nature, d'avoir toujours une forme d'optimisme chevillé au corps, ce que

Speaker:

j'appelle d'être une machine à positiver pour toujours, même sur les négociations les plus

Speaker:

difficiles, voir qu'il y a une lumière au bout du tunnel, qui a la capacité de forcer un peu le

Speaker:

destin, la nature des hommes, pour les rapprocher. Et l'expérience montre que c'est presque toujours

Speaker:

possible. Souvent quand les gens sont éco-anxieux face au changement climatique, une des réponses

Speaker:

que donnent les spécialistes de la santé mentale ou les psychologues, c'est de dire il faut agir.

Speaker:

Est-ce que dans notre monde et notre époque, être diplomate ça aide à aborder les choses plus

Speaker:

sereinement, se dire j'ai peut-être un petit rôle à jouer ? Absolument. Et au-delà de là,

Speaker:

s'il vous plaît, il y a une concordance entre l'ADN de la France, qui est un pays qui parle à tout

Speaker:

le monde, qui est un pays très d'union, qui essaie de mettre les principaux acteurs autour d'une

Speaker:

table, c'est dans notre vocation, et puis la philosophie qui est la nôtre aujourd'hui, qui

Speaker:

consiste à dire, quelques temps après le G7 en France, on a absolument besoin d'une approche

Speaker:

collaborative entre les puissances, qui aujourd'hui aurait tendance peut-être à se distendre et être

Speaker:

dans une relation de compétition, on a besoin d'une approche collaborative pour régler les grands

Speaker:

problèmes du monde, qui sont le retour de la guerre sur notre continent, qui sont la compétition

Speaker:

technologique et économique furieuse. Pour tout ça, on a besoin de ponts et la philosophie de la

Speaker:

France, c'est fondamentalement celle-là, celle de servir de pont. Et donc un diplomate français,

Speaker:

presque par vocation, doit être cette machine à positiver, à toujours, même dans la nuit la plus

Speaker:

noire, trouver la lumière qui permettra de mettre ensemble, de trouver un chemin, une porte de

Speaker:

sortie, et à la fin du jour, un accord. Et donc cette porte de sortie, est-ce que parfois elle se trouve

Speaker:

autre part qu'à Berlin ou à Paris, et notamment dans les déplacements que vous avez pu faire en

Speaker:

Provence, est-ce qu'il y a des sujets qui ont avancé plus rapidement en étant sur place, et en

Speaker:

rencontrant les acteurs locaux ? Alors la question est très bonne, la réponse est oui au carré. Dans ce

Speaker:

métier, comme je pense dans beaucoup d'autres, le roi c'est le terrain, le meilleur guide c'est le

Speaker:

terrain, c'est-à-dire que c'est sur le terrain, ou dans mon cas, je vois les responsables par exemple du

Speaker:

Mittelstand, qui vont me dire, cache des choses que j'aurais du mal à entendre dans les couloirs du

Speaker:

pouvoir à Berlin. Et donc comme hygiène, si j'ose dire, professionnelle ici, je me suis fixé avec mon

Speaker:

équipe l'obligation de faire entre 1 et 2 déplacements hors de Berlin, en Allemagne, par semaine, pour

Speaker:

justement aller voir le terrain, c'est-à-dire à la fois les ministres présidents bien sûr, avec qui

Speaker:

on a toujours beaucoup de messages à passer, ça va de soi, leurs équipes, mais aussi au-delà, les

Speaker:

communautés françaises aussi, les consuls généraux font un travail merveilleux ici, l'ensemble de notre

Speaker:

dispositif culturel, économique, les CCE, les chambres de commerce, les instituts français, mais

Speaker:

aussi le vaste monde allemand, ce que l'on pense au fin fond de la Bavière, ou de Mecklenburg-Pomeranie

Speaker:

occidentale, c'est absolument vital d'avoir ce retour de terrain, et c'est vital au carré dans un pays,

Speaker:

l'Allemagne, et que vous connaissez toutes les deux par cœur, qui est marquée vraiment par le

Speaker:

fédéralisme, et dans lequel on se trompe si on raisonne uniquement à partir d'une analyse

Speaker:

berlinoise, et c'est en plus le sel de cette fonction que d'être en permanence dans les

Speaker:

trains, même s'ils sont parfois en retard, dans les avions, dans les voitures, pour découvrir cette

Speaker:

formidable diversité allemande. La diversité allemande, je trouve, est l'un des éléments, l'un des

Speaker:

trésors de ce pays, qui est sous-estimé en France.

Speaker:

Alors justement, vous êtes beaucoup sur le terrain. Comment vous sentez l'Allemagne aujourd'hui, par rapport au moment où vous êtes arrivé ?

Speaker:

Est-ce que c'est un pays plus fragile, entre la montée de l'AFD, aujourd'hui première partie dans les sondages d'opinion, et les doutes économiques des

Speaker:

grandes régions industrielles ? Est-ce que c'est une Allemagne plus fragile, plus radicale, plus déterminée, qui doute plus ?

Speaker:

Je pense que la question est très bonne, et je pense, pour le dire assez directement, qu'en France, je dis en France d'une manière générale, on tend à sous-estimer

Speaker:

l'ampleur des chocs qu'a vécu l'Allemagne depuis la guerre en Ukraine. Si vous les regardez deux minutes, le choc de la guerre en Ukraine lui-même, qui a bouleversé l'Allemagne,

Speaker:

le choc énergétique qui a immédiatement suivi, le choc de l'arrivée de l'administration Trump, le choc énergétique que l'on vit avec la crise iranienne, le second choc chinois,

Speaker:

comme on l'appelle, dont l'industrie allemande est la première victime de ce rouleau compresseur industriel chinois. Donc c'est la première chose, je trouve,

Speaker:

qui est sous-estimée en France, c'est que l'Allemagne a vécu ces chocs au carré par rapport à nous, pour le dire de manière un peu directe.

Speaker:

Deuxièmement, je pense qu'on tend à sous-estimer aussi, vu de France, les conséquences de ces chocs sur, par exemple, le tissu industriel allemand.

Speaker:

150 000 emplois industriels détruits en Allemagne en 2025. Sur le modèle industriel allemand, construit autour d'une industrie forte, avec une co-gestion à l'allemande inhérente à ce tissu industriel et aux banques qui l'accompagnent.

Speaker:

C'est aujourd'hui tout ce schéma qui est fragilisé. Sur le plan politique, c'est la montée en puissance de l'AFD, qui menace de rentrer peut-être au Bundesrat,

Speaker:

s'il d'aventure devait obtenir la majorité en Saxonnale, par exemple, et qui met un point d'interrogation sur la fine horlogerie institutionnelle de la loi fondamentale.

Speaker:

Donc, on a sous-estimé peut-être et les chocs, et les conséquences de ces chocs sur l'équation allemande.

Speaker:

Et au total, vu de France, on a souvent sous-estimé ce que j'appellerais la nouvelle équation allemande, qui est en train de se mettre en place sous nos yeux.

Speaker:

Et je pense que cette nouvelle équation allemande, elle est plus, comment dirais-je, elle est quelque part plus sûre d'elle-même que ça n'était le cas il y a encore quelques décennies.

Speaker:

C'est-à-dire, vous avez une Allemagne qui, très légitimement, est fière des succès économiques des dernières décennies, qui est fière de la solidité de ses institutions,

Speaker:

de la vitalité de sa vie démocratique, en grande partie grâce au fédéralisme, tout ça à juste titre.

Speaker:

En même temps, c'est une Allemagne qui doute, pour les raisons que je viens d'indiquer, qui retrouve dans ce doute les fameuses peurs ou craintes allemandes qui nourrissent son histoire, sa philosophie.

Speaker:

La crainte de la guerre, la crainte de la désindustrialisation, qui était déjà très forte dans les années 30 et même avant.

Speaker:

La crainte de ses démons intérieurs, la crainte de l'extrémisme, la crainte, dans l'occurrence, de l'AFD.

Speaker:

C'est ce tissu où, comme j'aime à le dire, la pâte est molle.

Speaker:

L'Allemagne est en train de se forger.

Speaker:

Elle a puissamment changé dans les cinq dernières années.

Speaker:

Et pour la comprendre, il faut à la fois comprendre cette fierté nouvelle qui, à mon avis, n'existait pas avant.

Speaker:

Et en même temps, ces doutes renouvelés qui apparaissent à la surface.

Speaker:

Et pour le premier partenaire de l'Allemagne que nous sommes, pour la France, c'est une immense responsabilité de savoir lui tendre la main,

Speaker:

de savoir l'engager au sens anglo-saxon, partout, tout le temps, sur tous les sujets, à tous les niveaux.

Speaker:

Et être sûr que cette nouvelle équation allemande servira aussi de carburant nouveau pour notre ambition européenne commune.

Speaker:

Donc, on sent bien qu'on est dans un moment de l'histoire où le destin hésite encore et où le rôle, je pense, de la France par rapport à l'Allemagne est objectivement extrêmement important.

Speaker:

Oui, parce qu'on entend souvent ces formules, là, ici à Berlin.

Speaker:

L'Allemagne qui déclare vouloir avoir à terme la plus grande armée conventionnelle d'Europe, jouer un rôle déterminant dans la politique de défense spatiale.

Speaker:

Elle met 35 milliards d'euros sur la table.

Speaker:

L'Allemagne qui a des ambitions, peut-être construire elle-même un nouvel avion de combat, etc.

Speaker:

Et tout de suite après, moi, pour l'instant, ça jamais, jamais, j'ai pris les Allemands en défaut.

Speaker:

Immédiatement, les interlocuteurs disent évidemment tout ça, c'est pour l'Europe.

Speaker:

Tout ça, ce n'est pas pour nous, l'Allemagne.

Speaker:

Il ne s'agit pas de faire ça pour notre souveraineté à nous, mais c'est pour l'Europe.

Speaker:

Et quand on voit parfois les sondages, on se dit combien de temps ça va durer.

Speaker:

Que tout cet argent, toute cette puissance allemande qui est déployée, cette fierté peut être retrouvée dans certains domaines.

Speaker:

Cette affirmation de fierté, elle soit mise au service de l'Europe.

Speaker:

Je pense que c'est vrai.

Speaker:

Je pense que dans les interlocuteurs allemands à qui nous parlons, cette ambition européenne reste là, reste forte.

Speaker:

Je pense aussi que cette nouvelle équation allemande est faite d'un précipité, comme on dit en chimie, d'une synthèse,

Speaker:

d'un mix de sentiments ou de priorités différentes, qui sont une forme d'ambition nationale retrouvée,

Speaker:

qu'il faut comme Français savoir intégrer.

Speaker:

Vous l'avez dit dans le domaine de l'industrie de défense, de la défense tout court, de l'industrie spatiale.

Speaker:

Donc une ambition nationale, oui.

Speaker:

Comme on dirait, j'ai un réflexe ou une appétence transatlantique qui reste assez marquée dans l'ADN de l'Allemagne.

Speaker:

Ça n'a pas changé à mon avis et ça n'a pas été bouleversé par les évolutions récentes aux Etats-Unis.

Speaker:

L'Allemagne reste profondément ancrée dans cette communauté transatlantique.

Speaker:

Et puis, en effet, en toile de fond, cette ambition européenne qui est contestée par certains partis ici en Allemagne

Speaker:

et que notre rôle est d'ancrer toujours davantage dans l'ADN de nos interlocuteurs allemands.

Speaker:

Et pour l'ancrer, il ne faut pas perdre de temps.

Speaker:

Il ne faut pas laisser cette nouvelle équation allemande prendre forme sans composante française.

Speaker:

Il faut tout de suite, c'est ce que nous faisons, engager les Allemands à tous les niveaux, au niveau industriel, au niveau politique,

Speaker:

au niveau culturel, au niveau de la langue et faire en sorte qu'on invente ensemble ce chemin européen

Speaker:

qui suivra la naissance de cette nouvelle équation allemande que je considère comme très marquée.

Speaker:

Le franco-allemand, c'est quelque chose qui se vit aussi tous les jours, on le sait bien, dans la société civile.

Speaker:

Comment est-ce que vous faites pour que la voix de la France soit entendue,

Speaker:

on a dit, un peu ailleurs qu'à la chancellerie, mais peut-être par d'autres réseaux ?

Speaker:

Est-ce que vous envisagez ou est-ce que vous utilisez peut-être déjà plus

Speaker:

tout ce qui est réseaux sociaux, etc., pour s'adresser directement à la société civile ?

Speaker:

Je sais que ce soit la médiathèque ou l'Institut français qui ont des très bonnes newsletters, par exemple.

Speaker:

Est-ce que ces différents canaux sont aussi envisagés par l'OMS ?

Speaker:

Absolument. En fait, aujourd'hui, on doit communiquer par absolument tous les canaux,

Speaker:

je dirais presque sans exception. Donc, il y a les canaux les plus formels

Speaker:

qui sont importants, parce qu'il y a des négociations qui, par construction, peuvent être secrètes à un moment.

Speaker:

Et d'ailleurs, juste pour vous donner une image, je pense que chaque jour, au moment où on parle à un instant T,

Speaker:

vous avez, et je le dis sans exagérer, 20 négociations franco-allemandes.

Speaker:

C'est Védrine, je crois, qui, à un moment, pour parler de la diplomatie au sens large, parlait de

Speaker:

l'accumulation de jeux d'échecs en même temps. Et bien, pour la diplomatie franco-allemande, c'est pareil. Le nombre de négociations,

Speaker:

chaque jour donné, est absolument sans fin. Et donc, pour ces négociations, il y a un travail, en effet, diplomatique,

Speaker:

de diplomatie à diplomatie.

Speaker:

Mais il faut parler, d'un autre côté, non seulement à la chancellerie, mais au Bundestag et à l'ensemble des sensibilités du Bundestag.

Speaker:

Il faut parler aux lenders, il faut parler à l'opinion publique, il faut donc communiquer par les réseaux sociaux, d'autant plus que,

Speaker:

je pense que l'un des enjeux pour nous aujourd'hui, dans la ligne de votre question, c'est de penser

Speaker:

qu'est-ce que sera la France dans deux ou trois décennies en Allemagne. Et selon qu'on est capable ou pas

Speaker:

de trouver, via en effet les réseaux sociaux en particulier, des messages qui parlent à la jeunesse, qui sont capables de la mobiliser,

Speaker:

qui sont capables d'assurer la relève de cette génération d'Allemands francophiles,

Speaker:

qui aujourd'hui sont souvent des gens un peu plus âgés, selon qu'on réussira ce tournant ou pas,

Speaker:

dépendra pour une large partie

Speaker:

notre influence en Allemagne, et donc la force du tandem franco-allemand et sa capacité de traction pour l'Europe.

Speaker:

Donc tout se tient. Donc ma réponse à votre question, c'est oui,

Speaker:

sur absolument tous les canaux. Moi j'essaye d'être

Speaker:

présent sur à peu près tous les réseaux sociaux. On essaye aussi de faire

Speaker:

maximum jouer nos relais, c'est-à-dire plutôt que ce soit l'ambassade, la Voix de la France, sur certains dossiers qui expriment une position

Speaker:

que l'on demande à ceux qui la partagent, chefs d'entreprise,

Speaker:

syndicalistes,

Speaker:

journalistes, correspondants,

Speaker:

artistes, de l'exprimer à leur manière, à leur public.

Speaker:

C'est ce que j'appelle utiliser des relais, mais au sens le plus noble du terme, pour diffuser, non pas simplement nos intérêts, mais plus

Speaker:

fondamentalement nos valeurs et les points sur lesquels on voudrait construire en franco-allemand.

Speaker:

Oui, et puis ça c'est pour la dimension digitale. Il y a quelques années, à l'époque, avec

Speaker:

Emploi Allemagne et Le Petit Journal, nous avions fait des rencontres franco-allemandes qu'on avait appelées les Berlinks, et vous étiez venu.

Speaker:

Et je dois dire que l'incarnation personnelle de participer à ce genre d'événement, on ne s'attendait pas du tout à votre arrivée,

Speaker:

on avait trouvé ça évidemment génial. Est-ce que dans ce

Speaker:

ce genre de rencontres, vous avez la possibilité peut-être de dépasser un petit peu la fonction et de rajouter une patte plus personnelle ?

Speaker:

Ah oui, encore une fois, quand vous êtes diplomate, la première règle c'est que vous devez être vous-même.

Speaker:

Sinon ça ne marchera pas. Et vous avez en Allemagne des gens qui arrivent avec une connaissance historique intime.

Speaker:

Bon, ils vont pouvoir labourer ce terrain. D'autres qui sont des économistes.

Speaker:

Vous voyez, donc la personnalité de l'ambassadeur, dans mon cas, du diplomate, est absolument clé.

Speaker:

Et oui, je vous donne un exemple qui m'avait frappé, puisque vous parliez du petit journal, je pense à la communauté française, on a une communauté

Speaker:

magnifique ici, que ce soit ici à Berlin, à peu près 30 000 personnes, qui est important, que ce soit en Allemagne,

Speaker:

100 000 inscrits, comme on dit, en registre, et probablement plus du double en présence française en Allemagne, donc plus de 200 000

Speaker:

français en Allemagne. Ce sont des ambassadeurs

Speaker:

par construction de la relation franco-allemande, qui sont engagés en effet sur, mais c'est vrai, sur tous les terrains,

Speaker:

le réseau associatif, ici à Berlin, m'a personnellement, François Delattre, impressionné.

Speaker:

Quand je vois ce niveau et cette qualité d'engagement

Speaker:

des associations françaises, qui prennent de leur week-end, de leur temps, parfois de leurs moyens propres, pour

Speaker:

construire ces ponts,

Speaker:

aider, pour l'entraide,

Speaker:

honnêtement, je tire mes chapeaux, et indépendamment même de la fonction,

Speaker:

et on enlève notre chapeau, et on fonce pour les, naturellement, pour les accompagner.

Speaker:

Et on apprend, ce faisant, beaucoup, en plus de tout le reste, sur les vrais besoins du franco-allemand,

Speaker:

là où l'ambassade peut faire plus pour

Speaker:

toucher ceux qui sont parfois dans une forme de détresse, ça arrive dans nos communautés, qu'on n'a

Speaker:

peut-être pas toujours la qualité pour voir, donc

Speaker:

ce métier est fait de partenariat, il n'est rien, il est uniquement dans le contact, le partenariat,

Speaker:

le fait d'aimer les gens, si je puis le dire de manière un peu claire,

Speaker:

et de les accompagner. Un diplomate, c'est une main bienveillante, en fait, qui cherche une machine à positiver, qui toujours, toujours, veut

Speaker:

apporter un plus.

Speaker:

Vous avez dit que les Français d'Allemagne, dans toute leur diversité et leur engagement, étaient, en quelque sorte, pleins d'ambassadeurs

Speaker:

des valeurs françaises. Est-ce qu'ils en ont conscience, à votre avis, ou est-ce qu'il faut donner plus de moyens, justement, à cette société civile

Speaker:

franco-allemande pour qu'elle ait plus de puissance, ou qu'elle ait conscience de cette puissance ?

Speaker:

Je crois que c'est Alfred Grosser, je suis sûre, c'est Alfred Grosser qui avait dit, à propos d'un petit pataquès

Speaker:

franco-allemand au plus haut niveau entre Valéry Giscard d'Estaing à l'époque et, je pense,

Speaker:

M. Schmitt, il avait dit, nous étions inutiles, nous, la société civile franco-allemande, parce que tout se passait bien,

Speaker:

nous redevenons utiles maintenant

Speaker:

que ça ne se passe pas bien au niveau politique.

Speaker:

Est-ce que, maintenant, ce n'est pas le moment, le moment où il faut donner de la puissance à la société civile franco-allemande ?

Speaker:

Si, et entre nous, c'est le pari initial

Speaker:

du général de Gaulle et de Konrad Adenauer, le pari fondateur du traité de l'Elysée de 63,

Speaker:

c'est de dire qu'au-delà de la machinerie institutionnelle,

Speaker:

politique est importante en franco-allemand, ça je ne peux pas dire le contraire.

Speaker:

La clé, le sel de la relation franco-allemand,

Speaker:

c'est la relation entre les sociétés civiles, ce sont les relations personnelles,

Speaker:

charnelles, amicales, entre des personnes en chair et en os, qui, par-delà leur un,

Speaker:

s'apprécient, se tendent la main, veulent faire des choses ensemble.

Speaker:

Le trésor de la relation franco-allemande, honnêtement, il est là, pour le passé et pour l'avenir. C'est absolument vital

Speaker:

pour les décennies qui viennent, en effet, par exemple, de savoir réinventer

Speaker:

les jumelages. Les jumelages ont été un trésor, on sent qu'aujourd'hui, selon les cas,

Speaker:

parfois ça patine, parce que les jeunes sont moins intéressés. Il faut donc trouver des relais,

Speaker:

intéresser les jeunes, trouver peut-être des angles par projet, plutôt que par abonnement,

Speaker:

sur les enjeux climatiques, de biodiversité ou de tech, moi je crois beaucoup à la tech en franco-allemand,

Speaker:

qui permettent à la fois de rajeunir et de relancer ces contacts entre sociétés civiles.

Speaker:

Mais le cœur est là, moi je vois, cela dit, beaucoup, beaucoup de

Speaker:

membres de cette communauté française en Allemagne, qui ne vont pas attendre, croyez-moi, et heureusement, les instructions de l'ambassadeur,

Speaker:

et qui ont eux-mêmes une foi, un engagement

Speaker:

à tous les niveaux, véritablement, de la relation franco-allemande. Et donc là aussi, cette

Speaker:

action qui est la nôtre ne peut s'inscrire que dans une logique de partenariat. On n'est rien

Speaker:

sans ces deux, trois cent mille personnes de la communauté française, qui sur le terrain, partout, tout le temps,

Speaker:

agissent, informent, se battent,

Speaker:

construisent, nous donnent des remontées. Voilà, c'est l'ADN de notre métier en fait.

Speaker:

Vous l'avez dit, une à deux fois par semaine, vous êtes hors de Berlin, on vous a vu donc au Berlin, qu'on vous a vu aussi au lycée français.

Speaker:

Est-ce que vous avez une marge de manœuvre sur votre agenda ?

Speaker:

Est-ce que, si je le demande autrement, il y a des dettes auxquelles on n'a pas le droit de toucher, que ce soit anniversaire de mariage ou

Speaker:

n'importe quel autre anniversaire ? Est-ce que vous avez des intouchables ?

Speaker:

Des intouchables personnels, peu, et j'essaye d'être diplomate avec mon épouse sur ce créneau.

Speaker:

C'est-à-dire, à la fois l'anniversaire et l'anniversaire de mariage,

Speaker:

je suis abonné au plus-un. C'est-à-dire que je dis à ma femme, désolé, pour notre anniversaire de mariage, j'ai quelque chose d'impératif,

Speaker:

mais le lendemain, donc le plus-un, on va se rattraper. Bon, ça c'est une chose.

Speaker:

Mais vous avez, oui, beaucoup d'impératifs professionnels. C'est-à-dire qu'un ambassadeur, pour le dire comme moi, on a une marge d'organisation

Speaker:

de notre temps, bien sûr, et d'organisation de nos priorités.

Speaker:

Mais il y a aussi beaucoup d'impondérables. Les sommets franco-allemands, les conseils des ministres franco-allemands,

Speaker:

les visites ministérielles. On a fréquemment, dans les hautes saisons, comme disent les moniteurs de ski, un ministre par jour.

Speaker:

Donc là, c'est sûr que ça rythme l'agenda qui est le mien et que celui de l'ambassade, si vous voulez.

Speaker:

Donc, beaucoup d'impératifs professionnels ou parce que

Speaker:

on célèbre à Munich,

Speaker:

à telle date, le 40e anniversaire d'une grande institution franco-allemande

Speaker:

auxquelles l'ambassadeur doit participer. Donc, il y a beaucoup d'impondérables, mais qui sont plus professionnels que personnels, dans mon cas, je dois dire.

Speaker:

On se croise souvent dans des réceptions ici à l'ambassade ou ailleurs. Je ne vous ai jamais vu un verre à la main, sauf quand vous portez le toast.

Speaker:

Et je n'avais jamais vu avec un macaron en bouche. C'est une discipline personnelle aussi.

Speaker:

Écoute, c'est vrai, je dois dire. C'est à la fois une forme d'assaise,

Speaker:

très franchement, en tant que sacerdoce, je ne sais pas comment le dire, c'est vrai.

Speaker:

Et puis, c'est de manière beaucoup plus pragmatique, le fait que c'est compliqué d'aller serrer

Speaker:

parfois des centaines de mains quand vous avez un peu de chocolat par-ci ou un peu de crème par-là.

Speaker:

Donc, en effet, je me suis forcé à cette discipline, qui n'en est pas une, qui est très facile à vivre,

Speaker:

qui est de ne rien prendre, en effet, en service, en quelque sorte.

Speaker:

Mais c'est quand même cet équilibre à trouver entre la société civile, les rendez-vous,

Speaker:

négociations intenses à Berlin, les imprévus, parce que le monde est imprévu et qu'il faut organiser

Speaker:

peut-être un sommet européen ici à Berlin avec les partenaires allemands.

Speaker:

Physiquement, on tient comment ?

Speaker:

Vous étuivez, vous avez un coach, vous faites du sport, un diététicien.

Speaker:

Est-ce qu'il y a une équipe dans l'ambassade qui s'occupe aussi de votre corps, si j'ose dire ?

Speaker:

Du corps diplomatique ?

Speaker:

Non, la vérité, et merci d'avoir posé la question, parce qu'elle m'est chère dans mon quotidien.

Speaker:

C'est vrai que la pression physique, alors pour ceux qui nous écoutent, ça va paraître peut-être théorique,

Speaker:

mais la pression physique est très forte.

Speaker:

Parce que de 7h du matin, le lundi matin, jusqu'à 1h, 2h du matin, le dimanche soir,

Speaker:

c'est vrai que vous n'arrêtez pas, en fait, dans le métier.

Speaker:

C'est vrai que la pression est forte.

Speaker:

Donc non, je ne suis pas suivi, j'essaie de marcher, d'avoir une hygiène de vie correcte.

Speaker:

Mais voilà, la dimension physique, je pense un peu comme pour un politique

Speaker:

où un chef d'entreprise est forte dans le métier.

Speaker:

Il faut en effet en avoir conscience.

Speaker:

Et il y avait une autre partie dans ta question.

Speaker:

Oui, très important, nous sommes fondamentalement, il ne faut jamais l'oublier,

Speaker:

des responsables de services publics.

Speaker:

Et ceux de mes collègues qui parfois oublient ça, se trompent, à mon avis, lourdement.

Speaker:

Ça veut dire que comme ambassadeur de France,

Speaker:

vous devez évidemment joignir 24 heures sur 24 pour le président,

Speaker:

pour les ministres, pour toute la France officielle ou la France...

Speaker:

Mais vous avez ce même devoir de disponibilité, de gentillesse

Speaker:

et puis au-delà de la gentillesse, d'essayer de résoudre des problèmes

Speaker:

pour monsieur et madame X, perdus à Berlin,

Speaker:

dans une situation de détresse, qui ne savent pas comment faire,

Speaker:

qui sont paumés, pardonnez-moi l'expression.

Speaker:

Et le fait que nous soyons des représentants,

Speaker:

des ambassadeurs du service public aussi, change tout.

Speaker:

Ça veut dire qu'on doit avoir, en plus de tout le reste,

Speaker:

cette disponibilité là, qui est une disponibilité éminemment,

Speaker:

pour répondre à votre question aussi, personnelle et immédiate.

Speaker:

Et très souvent, par rapport à des gens qui me saisissent,

Speaker:

je n'ai pas la réponse, je ne sais pas comment faire pour des questions de visa

Speaker:

ou pour parfois les sortir de prison, ça arrive.

Speaker:

Et là, heureusement, on a une équipe ici à l'ambassade

Speaker:

dont je suis le fan numéro un.

Speaker:

Vraiment, je tiens à le dire ici, on a une merveilleuse équipe,

Speaker:

professionnellement d'abord, mais humainement aussi.

Speaker:

Et vous avez ici des gens d'une moyenne d'âge assez peu élevée,

Speaker:

assez jeunes dans l'ambassade, qui ont une foi franco-allemande et européenne,

Speaker:

un niveau d'engagement dans le franco-allemand,

Speaker:

au-delà de leur métier, parce qu'ils y croient tout simplement,

Speaker:

qui, dans le quotidien, change tout et qui permet vraiment de faire des choses.

Speaker:

Donc, je rends hommage à mon équipe que j'essaie de représenter

Speaker:

et de lui diriger le mieux possible.

Speaker:

Pour finir, parce qu'on ne va quand même pas prendre trop de temps

Speaker:

dans votre agenda bien rempli, quelques questions rapides,

Speaker:

peut-être, et des réponses rapides.

Speaker:

Si vous deviez corriger une seule idée reçue que les Français ont

Speaker:

encore et toujours sur l'Allemagne aujourd'hui,

Speaker:

laquelle choisiriez-vous ?

Speaker:

Laquelle ? Laquelle choisissent ?

Speaker:

Ça serait laquelle ?

Speaker:

Peut-être méfiez-vous des clichés, la discipline.

Speaker:

Les Allemands sont un peu plus disciplinés que nous, attendez-moi bien.

Speaker:

Mais ce sont peut-être ces clichés sur l'ordre, sur la discipline.

Speaker:

Les Allemands sont fondamentalement comme nous.

Speaker:

C'est l'émotion, avec le retour de la guerre,

Speaker:

des questions de vie ou de mort.

Speaker:

Fondamentalement, on en revient à des questions de valeur, d'émotion

Speaker:

et pas, comme on le pense trop souvent en France, de discipline ou de moteur.

Speaker:

Je me méfie un peu du terme moteur, franco-allemand, que je trouve très mécanique

Speaker:

ou des gens mûs uniquement par leurs intérêts.

Speaker:

C'est ce cliché-là que je veux changer.

Speaker:

Les Allemands sont comme nous.

Speaker:

Il y a cette part d'émotion, d'inquiétude

Speaker:

qui passe par, encore une fois, des relations personnelles, des valeurs,

Speaker:

une communauté de destin.

Speaker:

Bon, c'est une réponse très longue par non à votre question.

Speaker:

Et si on prend, dans le monde du travail,

Speaker:

est-ce qu'il y a une faute de goût, une erreur de négociation

Speaker:

que les Français font face au Nouvellement ?

Speaker:

Peut-être, dans cet exemple précis,

Speaker:

le fait que notre mode de fonctionnement, alors c'est contre-intuitif

Speaker:

pour beaucoup de Français, notre mode de fonctionnement est assez vertical,

Speaker:

en fait, dans le monde du travail.

Speaker:

Il y a un boss et puis il y a ceux qui exécutent pour caricaturer,

Speaker:

pour schématiser, alors que du côté allemand, tout se fait par consensus.

Speaker:

C'est contre-intuitif, mais en fait,

Speaker:

un Allemand aura tendance à survaloriser, par rapport à nous,

Speaker:

sur le marché du travail, la capacité de travail en équipe,

Speaker:

de jouer collectif.

Speaker:

Et à mon avis, c'est l'un des éléments dont on peut s'inspirer,

Speaker:

d'ailleurs, ici en Allemagne, nous Français, jouer collectif.

Speaker:

Je reviens au lieu dans lequel nous nous trouvons,

Speaker:

c'est la bibliothèque de l'ambassade.

Speaker:

Est-ce qu'il y a un livre ici, un tableau,

Speaker:

ou peut-être même dans votre bibliothèque personnelle,

Speaker:

qui résume pour vous l'Allemagne, la relation franco-allemande,

Speaker:

la relation entre la France et l'Allemagne ?

Speaker:

Alors ici, vous avez beaucoup de livres, en effet, sur l'Allemagne contemporaine.

Speaker:

Vous avez un livre qui m'émeut beaucoup,

Speaker:

mais qui ne représente pas l'Allemagne contemporaine,

Speaker:

qui est le livre des Klarsfeld sur les fils et filles de déportés juifs de France,

Speaker:

qui est un livre qui est juste derrière moi et que je trouve extraordinaire

Speaker:

parce qu'il vise à redonner à chaque enfant juif

Speaker:

tué pendant l'Holocauste un visage et une voix.

Speaker:

Et sinon, vous avez ce buste là-bas du Grand Condé, derrière moi,

Speaker:

qui est intéressant parce que c'est le seul élément,

Speaker:

le seul objet qui a été retrouvé dans l'ancienne ambassade de France,

Speaker:

qui était un palais avant l'ambassade qui a été inaugurée ici par Chirac en 2003.

Speaker:

C'était un palais qui s'appelait le Palais Bauvrier,

Speaker:

qui a été détruit pendant la guerre et pillé sous occupation soviétique,

Speaker:

puis durant la zone de séparation entre les deux Allemagnes.

Speaker:

Et la seule chose qu'on ait retrouvée, c'est ce buste de Condé

Speaker:

qui est devant nous pendant qu'on parle.

Speaker:

Et puis les deux chiens aussi qui se trouvent dans le jardin.

Speaker:

Et sinon, ce lieu, à travers la diversité des livres,

Speaker:

il montre encore une fois l'épaisseur de l'histoire.

Speaker:

Ne jamais oublier que nous, ici, à ce moment,

Speaker:

on est les gardiens d'une histoire bouleversante

Speaker:

à travers ces pages tragiques et ces belles pages.

Speaker:

Nous sommes ceux qui la continuons

Speaker:

et qui avons donc une responsabilité entre les mains énorme.

Speaker:

Cette bibliothèque comme le lieu, comme l'ambassade, nous oblige en fait.

Speaker:

Est-ce qu'il est de tradition ?

Speaker:

Est-ce que vous allez le faire, d'ajouter un livre ou un objet

Speaker:

dans cette bibliothèque avant d'avoir un prochain ?

Speaker:

Alors, vous savez, chaque fois que je reçois un cadeau,

Speaker:

qui est un cadeau professionnel plus que personnel,

Speaker:

parfois il y a des cadeaux personnels,

Speaker:

je le fais enregistrer et je le fais en fait ajouter à la bibliothèque

Speaker:

en me disant la personne qui me l'a donné ou ses enfants

Speaker:

ou petits-enfants pourront, lorsqu'ils reviendront, avoir l'émotion

Speaker:

de découvrir un livre qui, par construction, signifiait quelque chose

Speaker:

pour la personne qui me l'a donné.

Speaker:

Et donc, voilà, c'est cette chaîne-là, dans le temps, dans l'histoire,

Speaker:

dans l'épaisseur du temps,

Speaker:

dont nous sommes de modestes acteurs et témoins

Speaker:

et dont cette bibliothèque est aussi l'acteur.

Speaker:

Et en outre les ouvrages que je noterai moi sur le site,

Speaker:

je ferai une petite liste de tous ceux que vous avez mentionnés.

Speaker:

Est-ce que d'un point de vue, sur le plan plus personnel,

Speaker:

il y a des films ou des télémusiques qui vous inspirent, qui vous accompagnent ?

Speaker:

Ici, en Allemagne ?

Speaker:

Plus généralement.

Speaker:

Alors moi, je suis un amoureux de Bach.

Speaker:

Et alors, évidemment, je suis servi.

Speaker:

Et je pense que l'une des plus belles soirées de ma vie,

Speaker:

de ma vie, c'est d'avoir été invité par notre consul honoraire à Leipzig

Speaker:

à assister à la performance de la Messe en Cie

Speaker:

dans l'église Saint Thomas, où elle a été conçue par Jean-Sébastien Bach.

Speaker:

Alors là, je vous assure, c'est une émotion

Speaker:

formidable et je pense que c'est la plus belle soirée de ma vie de ce fait.

Speaker:

Les diplomates sont des éternels voyageurs,

Speaker:

je ne dirais pas vagabonds, peut-être un petit peu, un jour ou l'autre.

Speaker:

Vous quitterez vos fonctions ici à Berlin,

Speaker:

rappelé par les règles impitoyables des rotations du ministère.

Speaker:

Quand vous penserez à l'Allemagne la nuit, pour reprendre une formule

Speaker:

de votre prédécesseur Claude Martin, vers quoi iront vos pensées ?

Speaker:

Alors peut-être faire cette fameuse soirée à Leipzig ou ailleurs ?

Speaker:

Peut-être, en effet, peut-être.

Speaker:

Le mot qui me vient à l'esprit en franco-allemand, d'abord,

Speaker:

cette relation à l'Allemagne ne me quittera jamais.

Speaker:

C'est l'un des éléments de ce qui je suis, des valeurs que j'ai.

Speaker:

Et en pensant à l'Allemagne,

Speaker:

fondamentalement, le mot qui me vient à l'esprit, c'est le mot responsabilité.

Speaker:

Je pense fondamentalement que nous, Français, eux, Allemands,

Speaker:

on a une responsabilité particulière pour nous-mêmes,

Speaker:

pour nos pays, pour l'Europe et un peu au-delà de l'Europe,

Speaker:

pour l'équilibre du monde.

Speaker:

Alors ça paraît très prétentieux, mais c'est la responsabilité au sens

Speaker:

à la fois luthérien ici,

Speaker:

enfin dans tous les sens du terme, qui je pense est notre,

Speaker:

est ce qui nous lie communauté de valeurs, de destins, responsabilité commune.

Speaker:

Et je n'oublierai jamais, et j'essaierai toujours, où que je sois,

Speaker:

d'être fidèle à cette responsabilité.

Speaker:

Et lorsque vous envisagez la suite,

Speaker:

est-ce que vous avez un souhait de pays particulier, un poste qui vous fait rêver ?

Speaker:

Je n'ai pas de poste particulier à l'esprit.

Speaker:

J'ai eu beaucoup de chance et j'ai fait des postes merveilleux.

Speaker:

Tout ce que je souhaite, c'est un poste où un diplomate français,

Speaker:

aussi modeste soit-il, peut, par son engagement,

Speaker:

faire d'une manière ou d'une autre une différence.

Speaker:

C'est mon seul souhait.

Speaker:

Et peut-être, est-ce que vous avez un ou deux conseils pour des jeunes profils

Speaker:

qui seraient intéressés par une carrière diplomatique, qui nous écouteraient ?

Speaker:

Indépendamment de l'Allemagne, donc, écoutez, d'abord,

Speaker:

je leur dirais que c'est le plus beau métier du monde, ce que je pense.

Speaker:

Donc, je les encouragerais.

Speaker:

Je les encouragerais à jamais perdre la curiosité qui est le moteur du métier.

Speaker:

La curiosité, l'attention à l'autre,

Speaker:

l'attachement aussi aux relations personnelles,

Speaker:

se méfier un peu des grandes théories, des concepts.

Speaker:

Fussiles des concepts, comme on dit ici.

Speaker:

Et d'avoir toujours cette attention aux vrais gens, à ce qu'ils vous disent,

Speaker:

quel que soit leur niveau.

Speaker:

Bien sûr, de s'intéresser aux langues étrangères, de multiplier les langues,

Speaker:

ça change tout.

Speaker:

Leur dire aussi que le métier n'est pas facile et qu'il faut accepter

Speaker:

l'aspect de faire ses valises tous les trois ans ou quatre ans.

Speaker:

L'aspect de, quand on est père de famille, ou dans mon cas,

Speaker:

de voir ses enfants quitter abruptement leurs copains d'école

Speaker:

et essayer de se faire des amis dans d'autres.

Speaker:

Pareil pour le conjoint.

Speaker:

Il y a des contraintes très fortes physiques qui ont été rappelées aussi d'engagement.

Speaker:

Mais je trouve que le côté

Speaker:

positif l'emporte sur tout le reste.

Speaker:

Le côté découverte et la capacité pour la France, à ce moment de l'histoire,

Speaker:

de pouvoir faire une différence, en effet.

Speaker:

Je voudrais profiter ici pour dire que plus de la moitié

Speaker:

des auditrices et des auditeurs du podcast avec un K ont moins de 35 ans.

Speaker:

Et le public de Berlin, de toi aussi, c'est beaucoup de jeunes.

Speaker:

Un message à la jeunesse européenne, franco-allemande de 2026,

Speaker:

est-ce qu'il y a comment les aider à y croire encore ?

Speaker:

Ah oui, plus que jamais, engagez-vous.

Speaker:

Si j'avais un seul message, engagez-vous, faites-le à votre manière,

Speaker:

avec votre code, avec vos mots, vos convictions, votre appétit.

Speaker:

Ce qui vous fait vibrer, mais engagez-vous.

Speaker:

Gras souligné, engagez-vous.

Speaker:

Merci beaucoup, monsieur l'ambassadeur, François Delalle,

Speaker:

de nous avoir accepté, accordé votre temps.

Speaker:

Toi en tant que journaliste et moi qui avais humblement commencé dans mon petit salon.

Speaker:

C'est très chouette de nous avoir accueillis ici

Speaker:

et d'avoir joué le jeu de cet entretien croisé.

Speaker:

Merci beaucoup. Merci à vous deux.

Speaker:

A bientôt. Merci.

Speaker:

Bravo, vous avez écouté ce nouvel épisode du podcast Berlin de Toi jusqu'au bout.

Speaker:

Vous retrouverez l'ensemble des notes liées à l'épisode sur le site internet

Speaker:

www.berlindetoi.com.

Speaker:

Vous pouvez nous soutenir en mettant une note 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute.

Speaker:

Vous pouvez également souscrire à la newsletter sur Substack.

Speaker:

Et je me réjouis de vous retrouver sur LinkedIn ou Instagram à Berlin de Toi.

Speaker:

Super ! 5908.

Speaker:

Oh la vache ! Super disons.

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