Alors que la durée de la vie professionnelle s’allonge et que les entreprises peinent à recruter, la place des salariés de 45 ans et plus reste paradoxale sur le marché du travail.
Reconnaissance de leur expérience, mais inquiétudes sur leur coût, leur adaptabilité ou leur évolution de carrière : les perceptions autour des profils expérimentés restent ambivalentes.
Dans cet épisode de Jobnews by Indeed, Jean-Baptiste Vennin reçoit Éric Gras, expert du marché de l’emploi chez Indeed, pour décrypter les résultats d’une étude menée avec OpinionWay auprès de 552 recruteurs et 500 salariés autour de l’emploi des plus de 45 ans.
Un épisode qui met en lumière les freins persistants, les biais liés à l’âge et les leviers concrets pour mieux valoriser l’expérience dans l’entreprise.
Au programme :
Pourquoi 47 % des salariés de 45 ans et plus considèrent que leur âge constitue un frein à leur carrière
Un paradoxe frappant :
→ 54 % des recruteurs voient les profils seniors comme une contrainte
→ mais 95 % reconnaissent que leur expérience est un atout pour la performance
Les principales craintes des recruteurs :
→ 38 % évoquent le coût salarial
→ 32 % craignent des difficultés d’évolution ou de repositionnement
→ 25 % redoutent un manque d’adaptabilité
→ 21 % évoquent des tensions intergénérationnelles
Pourquoi l’étiquette “senior” apparaît parfois dès 45 ans, alors qu’il reste encore souvent 20 ans de carrière à accomplir
Le risque d’un désengagement progressif chez certains salariés expérimentés :
→ perte de projection dans l’avenir professionnel
→ sentiment d’opportunités limitées
→ motivation plus fragile dans l’entreprise
Pourquoi les entreprises pourraient se priver d’un levier majeur de performance et de transmission des compétences
Les solutions évoquées dans l'étude
Plusieurs leviers ressortent clairement pour sécuriser les parcours professionnels :
→ Développer les passerelles internes pour évoluer sans repartir de zéro
→ Renforcer la formation continue pour accompagner les transformations des métiers
→ Faciliter les reconversions et immersions professionnelles
→ Adapter le rythme et l’organisation du travail en fin de carrière
→ Valoriser la transmission des compétences entre générations
Les salariés eux-mêmes ne sont pas fatalistes :
84 % identifient au moins une solution crédible pour sécuriser leur parcours professionnel.
Quelques chiffres clés :
47 % des salariés de 45 ans et plus pensent que leur âge freine leur carrière
54 % des recruteurs considèrent les seniors comme une contrainte
95 % reconnaissent que leur expérience améliore la performance
87 % des entreprises se disent prêtes à faire plus de place aux profils expérimentés
78 % estiment que les salariés de 45 ans et plus sont perçus comme trop chers
Citations à retenir :
« La question n’est plus de savoir si les 45 ans et plus apportent de la valeur.
La vraie question est de savoir comment les entreprises s’organisent pour en tirer pleinement parti. »
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Job Radio présente Job News by Indeed, le podcast qui décrypte l'actu de l'emploi. 54% des recruteurs considèrent aujourd'hui que les salariés de 45 ans et plus représentent davantage de contraintes que d'opportunités pour l'entreprise. Sympa comme stat. Dans le même temps, 95% reconnaissent que leur expérience constitue un atout pour la performance. Il n'y aurait pas comme un petit paradoxe là, c'est vrai qu'on peut se poser la question. Alors problème de perception ou difficulté à adapter nos organisations au même rythme que l'allongement de la vie professionnelle? Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de Job News by Indeed. C'est le podcast qui décrypte chaque mois les grandes évolutions du marché de l'emploi et aujourd'hui on s'adresse à la place des 45 ans et plus dans l'entreprise. Salut Éric Gras.
Eric Gras (:Salut Jean-Baptiste, bonjour tout le monde.
JB Vennin (:Comment ça va?
Eric Gras (:Super bien.
JB Vennin (:Bon écoute, je rappelle que tu es expert du marché de l'emploi chez Indeed. Et avec OpinionWeb, vous avez réalisé dernièrement auprès de 552 recruteurs et 500 salariés une étude intitulée les 45 ans et plus n'ont pas dit leur dernier mot. Une étude qui explore les blocages et les leviers de l'emploi des plus de 45 ans. Alors la première question peut-être Eric pour débuter, c'était quoi l'objectif principal derrière cette enquête?
Eric Gras (:Le premier objectif c'était bien sûr de comprendre ce qui se joue autour de la place des 45 ans et plus dans le monde professionnel d'aujourd'hui. parce qu'il n'a pas échappé que la France est parmi les plus mauvais élèves de l'OCDE en termes de taux d'emploi des seniors, et donc il fallait voir à l'heure où on allonge la durée de travail, où on reporte l'âge légal de départ à la retraite, et où il y a débat sur c'est quoi un senior, c'est quoi l'âge du senior, de bien comprendre. Donc notre étude, elle vise à comprendre à la fois le ressenti des salariés, qui expriment un malaise croissant face à leur parcours, et le regard des recruteurs, parfois ambivalents, et donc elle permet aussi d'identifier les leviers concrets qui peuvent sécuriser les trajectoires et de mettre en évidence ce paradoxe français. On reconnaît massivement la valeur des collaborateurs expérimentés mais on peine encore à traduire cette reconnaissance dans les pratiques.
JB Vennin (:Alors 47% des salariés de 45 ans et plus considèrent que leur âge est un frein tout simplement pour leur carrière. Est-ce qu'on devient senior de plus en plus tôt aux yeux du marché?
Eric Gras (:C'est l'un des enseignements les plus marquants. Dès 45 ans, presque un salarié sur deux estime que son âge constitue un frein dans sa carrière. Donc ce n'est pas une impression isolée parce que 47% des 45 ans et plus pointent l'âge comme un blocage. Et pour 40% d'entre eux, c'est même le tout premier facteur de difficulté devant toutes les autres considérations.
JB Vennin (:Y compris devant les rémunérations, du coup.
Eric Gras (:Oui. Alors, ça montre justement que le statut de senior est attribué très en amont, parfois indépendamment des compétences, de l'envie de progresser ou de la capacité à s'adapter. Donc on parle de salariés en pleine maîtrise de leur métier, avec encore 10, 15, 25 ans de carrière devant eux, parce qu'à 45 ans, on est globalement à la moitié de sa vie professionnelle, à la moitié de sa carrière. Et pourtant, l'étiquette senior, elle arrive très tôt. Et c'est ce décalage que l'étude cherche justement à éclairer.
JB Vennin (:Alors comment est-ce qu'on explique finalement que l'âge devienne comme ça un facteur aussi structurant à partir de 45 ans?
Eric Gras (:C'est assez frappant quand on regarde les données, parce que pour les salariés de 45 ans et plus, l'âge passe devant la rémunération, dans la hiérarchie des obstacles, tandis que chez les jeunes, la première préoccupation reste clairement le salaire. Donc chez les plus de 45 ans, Les résultats indiquent que 40% considèrent que leur âge en tant que tel les freine, et ils sont 36% à citer la rémunération qui arrive quand même en deuxième. Donc ça montre les difficultés rencontrées par les salariés les plus expérimentés, qui sont pas d'abord économiques ou liées au marché de l'emploi, elles sont vraiment liées à la manière dont les organisations regardent et interprètent l'âge.
JB Vennin (:Je vais revenir sur une stat que je donnais en intro, mais il y a un recruteur sur deux qui vaut les seigneurs comme étant une contrainte. C'est quoi les principaux préjugés ou craintes qui ressortent sur cette tranche d'âge?
Eric Gras (:L'étude montre que les recruteurs ne manquent pas de considération pour les profils expérimentés, bien au contraire, mais ils ont des craintes très concrètes. La première, c'est la question du coût, cité par 38% des recruteurs. Ensuite, ils sont 32% à redouter la difficulté à faire évoluer ou à repositionner un salarié expérimenté, ce qui traduit un vrai sujet sur l'ingénierie des parcours internes. Viennent ensuite les craintes liées à l'adaptabilité, avec 25% qui redoutent un manque de flexibilité face aux évolutions rapides des métiers et techno, on y reviendra. Et enfin, les tensions internes, notamment intergénérationnelles, évoquées par 21% des recruteurs, ce sont des appréhensions qui relèvent davantage des représentations, des biais, des modèles organisationnels, que d'un manque de valeur chez les salariés eux-mêmes.
JB Vennin (:Oui, c'est là aussi d'ailleurs qu'il y a une vraie ambivalence, c'est que dans le même temps, tu as une immense majorité de recruteurs qui reconnaissent la valeur des salariés de 45 ans et plus.
Eric Gras (:Oui, c'est effectivement un paradoxe assez saisissant, parce que quand on interroge les recruteurs, la quasi-totalité reconnaît que les salariés expérimentés sont un atout, 95% parlent d'expérience utile à la performance, 93% évoquent leur rôle central dans la transmission des compétences, et 92% soulignent leur valeur ajoutée globale. Donc on voit donc, il y a une reconnaissance de fond très solide, Le problème n'est pas la légitimité des plus de 45 ans, elle est actée. En réalité, le décalage vient du fait que les pratiques ne sont pas encore alignées. Les entreprises sont encore en train d'adapter leurs modèles à des carrières plus longues, plus fragmentées, avec des transitions plus fréquentes. Elles veulent avancer, mais elles n'ont pas toujours les bons outils pour le faire.
JB Vennin (:Et l'étude, elle montre quelque chose aussi d'assez étonnant, c'est que presque neuf entreprises sur dix se disent prêtes à faire davantage de place, justement aux 45 ans et plus. Comment est-ce qu'on peut venir expliquer ce décalage entre cette intention belle affichée et la réalité du terrain qui est tout autre?
Eric Gras (:Oui, tu l'as dit, l'intention elle est là, parce qu'il y a 87% des recruteurs qui disent être prêts à faire davantage de place aux 45 ans et plus, mais dans les faits, les entreprises se heurtent à des questions très concrètes. Comment financer ces recrutements dans un contexte budgétaire contraint? Oui, ça coûte un peu plus cher, mais en même temps, les seniors sont un peu plus opérationnels rapidement. Comment repositionner des profils expérimentés sur des métiers qui évoluent très vite? Ça nécessite de la formation, ça nécessite du temps, ça nécessite de l'argent. Comment structurer des parcours de formation adaptés tout au long de la carrière? Et comment faire évoluer la culture managériale pour dépasser les stéréotypes? J'ai 30 ans, je suis manager, est-ce que je suis capable de manager des gens de 50 ans, 55 ans? Donc tant que ces questions opérationnelles ne sont pas résolues, l'écart entre la volonté et la réalité va persister.
JB Vennin (:Est-ce qu'il y a d'autres craintes exprimées par les entreprises?
Eric Gras (:Oui, elles sont très clairement identifiées, d'abord le coût qui arrive en tête à chaque fois, ensuite la difficulté à faire évoluer ou repositionner un salarié dans le temps, puis la flexibilité, pour 25% des recruteurs, on y revient, et enfin la crainte de tensions internes ou d'un impact sur la compétitivité. Alors ces inquiétudes, elles ne sont pas nouvelles, mais l'étude les quantifie de manière très précise et elle montre que pour beaucoup d'entreprises, l'intégration des profils expérimentés n'est pas un problème de bonne volonté, mais un problème d'outillage.
JB Vennin (:Tu parlais à l'instant de coûts aussi. Il y a un autre chiffre qui interpelle dans cette étude. Près de 8 recruteurs sur 10 estiment que les 45 ans et plus sont parfois perçus comme étant tout simplement trop chers.
Eric Gras (:78% des recruteurs et 79% des salariés, donc qui sont alignés, estiment que les 45 ans et plus sont perçus, je dis bien perçus, comme trop chers. Donc c'est un élément structurant, notamment dans les petites entreprises, mais c'est aussi une perception qui reflète une mécanique de progression salariale qui date d'un autre temps, pensée pour des parcours linéaires beaucoup plus prévisibles. Aujourd'hui, les métiers changent plus vite, les mobilités sont plus fréquentes, la valeur ajoutée de l'expérience peut compenser largement le coût supposé. On a du mal en France avec cette notion d'investissement dans les ressources humaines et de retour sur investissement. Le vrai sujet, c'est moins le salaire que la manière dont on repense l'évolution et la valorisation des compétences sur la durée.
JB Vennin (:Donc en gros, la question salariale reste quand même un véritable point de blocage autour de cette tranche d'âge-là.
Eric Gras (:Oui, absolument.
JB Vennin (:Est-ce qu'un face à ce constat, finalement, on ne risque pas non plus de voir à un moment ou à un autre un désengagement de ces collaborateurs-là?
Eric Gras (:Oui, l'étude montre que certains signaux apparaissent déjà. Chez les salariés de 50 ans et plus, cette fois-ci, on observe davantage de doutes sur l'avenir professionnel et une difficulté à se projeter. Une partie des salariés explique qu'ils aimeraient évoluer, mais que les opportunités leur semblent inaccessibles. Donc cela crée une forme de résignation. Et puis il y a ceux qui ne croient plus du tout, ils sont quasiment 15%. ils se disent que la suite de leur parcours, elle est figée, qu'ils ne seront plus accompagnés ou valorisés. Donc on ne parle pas d'un désengagement spectaculaire, mais plutôt d'un glissement, moins de participation aux dispositifs internes, moins d'impétence pour les formations, une motivation plus fragile, et donc ça c'est des signaux faibles qui doivent alerter les entreprises.
JB Vennin (:plus d'absentéisme aussi, peut-être? Je ne sais pas si l'étude le dit.
Eric Gras (:En fait, oui, c'est souvent lié. Même si quand on regarde justement les taux d'absentéisme des seigneurs versus les jeunes, le taux de fréquence est trois fois moins important chez les seigneurs que chez les jeunes. Le taux de gravité, lui, en revanche, est plus long. Dans le sens, quand un seigneur s'arrête, c'est qu'il y a une bonne raison et en général, c'est plutôt grave.
JB Vennin (:On parle souvent de pénurie de talent, est-ce que les entreprises ne se tirent pas non plus carrément une balle dans le pied en se privant de l'expérience justement de ces profils aguerris?
Eric Gras (:Oui, aujourd'hui les entreprises parlent beaucoup de pénurie de compétences, de difficultés de recrutement, de métiers en tension. Il y avait 60% des entreprises qui avaient du mal à recruter en 2020, on est aujourd'hui à près de 70% donc on voit que cette tension elle augmente. Pour autant, elle peine encore à mobiliser pleinement une population qui apporte expérience, stabilité, transmission, et une capacité d'adaptation souvent sous-estimée. Donc je disais tout à l'heure qu'on était parmi les plus mauvais élèves de l'OCDE dans l'emploi des seniors. Donc le maintien à l'emploi quand on est en poste, ça va à peu près, mais alors dès qu'on chute et qu'on cherche un travail, ça devient catastrophique, et par tranche de 5 ans, donc à 45 ans ça devient compliqué, à 50 encore plus, 55, etc. Donc l'étude montre que les plus de 45 ans sont reconnus pour leur expérience, ils participent à la transmission des compétences, extrêmement important aussi quand on parle d'intergénérationnelle, et puis ils contribuent à la performance. Donc, ignorer ses atouts, c'est se priver d'un levier de résilience à un moment où le marché du travail est particulièrement instable.
JB Vennin (:Alors je voudrais revenir avec toi Eric sur un outil qui a été adopté en 2025, c'est assez récent, avec pour objectif justement de faciliter le retour à l'emploi ou le maintien en tout cas en activité des salariés dits «seniors» dans un contexte d'allongement de la vie professionnelle, on le sait. On a l'impression quand même, alors cet outil-là en est peut-être un exemple, mais que les différentes mesures législatives qui peuvent être prises ne suffisent pas vraiment à changer les mentalités. Il est où le problème, clairement?
Eric Gras (:Le CDI senior, c'est un outil utile, mais il ne règle pas tout. Les leviers législatifs ne suffisent pas à transformer les perceptions ou les mécanismes internes. On le disait tout à l'heure, il faut faire évoluer les pratiques. Ce que montre l'étude, c'est que les salariés attendent avant tout de la lisibilité, de la formation des passerelles internes pour évoluer sans repartir de zéro. Tant que ces éléments ne seront pas profondément intégrés dans les pratiques RH, les mesures publiques, aussi pertinentes soient-elles, ne pourront pas tout changer. La transformation RH doit venir de l'intérieur. Et donc, à chaque fois qu'il y a des dispositifs comme ça, c'est parfois nécessaire pour impulser, donner un coup de pouce, mais on voit que par exemple sur les jeunes, quand les aides baissent sur l'alternance, on voit un retrait quasi immédiat, 35% de baisse des contrats d'alternance, parce qu'il y a une légère baisse sur les aides publiques.
JB Vennin (:il y a un impact direct. Alors, on n'en a pas encore parlé, mais cette étude, elle montre aussi finalement des différences marquées entre les générations. Les plus jeunes se disent plus mobiles, plus actifs face aux évolutions du monde du travail. À l'inverse, les salariés plus âgés expriment davantage de doutes, parfois même un certain désengagement, comme on l'a dit à l'instant. Est-ce qu'on peut aller jusqu'à parler d'une fracture générationnelle dans le rapport au travail et à l'avenir professionnel?
Eric Gras (:Ouais, clairement les générations plus jeunes se projettent différemment. À notre époque, nous les vieux, c'était 20-40-20 en gros, on étudiait pendant 20 ans, je parle pour moi, on étudiait pendant à peu près 20 ans, on travaillait à 40 ans et on avait sa retraite à taux plein, on pouvait profiter pendant 20 ans. se dire qu'on a une retraite à taux plein à 60 ou à 67 ans, c'est pas tout à fait la même chose. Donc, eux, ils se projettent différemment, ils ont des carrières non linéaires, ils sont plus mobiles, ils sont plus proactifs, la jeunesse est plus confiante dans leur capacité aussi à saisir de nouvelles opportunités. A l'inverse, les salariés plus âgés expriment davantage de doutes et d'incertitudes, ce qui peut nourrir un risque de retrait progressif. Cette fracture n'est pas forcément conflictuelle, mais elle révèle des attentes très différentes face à l'évolution du travail. C'est en tenant compte de cette diversité de posture que les entreprises pourront créer un environnement plus cohérent et plus inclusif.
JB Vennin (:Bon allez, on rappelle qu'on est bien dans Job News by Indeed, c'est le podcast qui décrypte tous les mois l'actu de l'emploi et on va rester résolument optimiste parce qu'il y en a besoin et on va surtout parler solutions. C'est ça un peu aussi l'objectif de ce programme. 84% des salariés ne sont pas fatalistes et voient des moyens de sécuriser leur parcours. C'est quoi les leviers qui sont prioritaires?
Eric Gras (:Les salariés identifient plusieurs leviers très concrets, très consensuels. Les passerelles internes pour évoluer sans repartir de zéro. On l'a dit tout à l'heure, la formation continue est vraiment hyper importante. Deux, la formation qualifiante, pensée spécialement pour les salariés expérimentés, donc reconnaître des compétences à travers l'expérience par exemple, et puis s'adapter aux nouvelles technologies, aux évolutions de l'entreprise et de la société. Trois, les immersions en entreprise pour faciliter des reconversions. Donc ça, ça marche bien aussi. Des passerelles entre publics privés, entre acteurs privés. Quatre, l'aménagement du temps ou du rythme de travail, notamment en fin de carrière pour des métiers pénibles. On parlait tout à l'heure de transmission. Quand on est couvreur, on n'a peut-être pas envie à 64 ans de continuer à être sur le toit. Par contre, former les jeunes, apprendre le geste, la technique, c'est très utile. Et pareil dans des métiers col blanc. Et puis un accompagnement renforcé vers de nouveaux métiers. Il n'est pas du tout interdit de changer de métier. Je le disais tout à l'heure, à 45 ans, il y en a plein qui se disent «finalement j'ai envie de faire autre chose». Et on n'est qu'à la moitié de sa vie professionnelle, donc on peut être, je le dis souvent, un «senior junior », et donc redémarrer, repartir quasiment de zéro, avec toutefois des compétences et des aptitudes assez fortes. Donc ce qui ressort, c'est que les salariés ne sont pas fatalistes, ils sont 84%. à identifier au moins une solution crédible. Ils ont envie d'avancer, mais ils ont besoin qu'on leur ouvre ses chemins.
JB Vennin (:Il y a des périodes qui sont importantes dans l'entreprise, notamment la période d'onboarding, tout ce qui est mis en place aussi pour faire de la rétention dans l'entreprise. Comment est-ce que les managers peuvent justement participer à mieux intégrer ou maintenir ces profils expérimentés pour finalement les transformer en véritables atouts stratégiques?
Eric Gras (:Ah, les managers! Ces fameux managers, ils ont en effet un rôle central et essentiel. C'est eux aussi qui doivent changer leur mentalité, parce que souvent les fonctions RH ont conscience de tout ce qu'on vient de se dire.
JB Vennin (:Avec des biais.
Eric Gras (:Avec des biais, bien sûr, on a tous des biais, mais les RH sont quand même très sensibles à ça. Les managers ont du mal à voir que le monde a changé, y compris pour eux. Donc ils peuvent agir sur plusieurs leviers. Déjà, donner de la visibilité sur les perspectives internes. autant que faire se peut dans un contexte compliqué, je l'entends. Faciliter les mobilités latérales, donc donner sa chance au produit, comme je dis souvent, et pourquoi pas, t'as envie de faire ça, on essaye. Encourager la montée en compétences, c'est pas parce qu'on a 55 ans qu'on n'a plus envie d'évoluer. reconnaître explicitement la contribution des salariés expérimentés, notamment en matière de transmission. Donc, ils peuvent aussi créer un environnement où la discussion autour de l'évolution professionnelle, elle est régulière, elle est décomplexée, et puis une évolution, elle n'est pas forcément verticale, elle peut être aussi horizontale. Donc, Quand un salarié sait qu'il a des options, qu'il est légitime pour évoluer, qu'il sera accompagné, qu'il est considéré, le sentiment de blocage disparaît et donc le manager est souvent la première porte d'entrée pour réactiver une dynamique positive.
JB Vennin (:Clairement, finalement, tout du long, ce que nous dit cette étude, cette enquête, c'est qu'il faut réussir à changer les mentalités qui sont bien ancrées. Est-ce qu'il y a d'autres solutions mises en avant par les recruteurs et les salariés pour essayer justement de faire évoluer les choses?
Eric Gras (:Les recruteurs évoquent des leviers très opérationnels, à savoir les aides financières, les allégements de charges, les aménagements en fin de carrière, des outils de recrutement adaptés au profil senior ou encore des campagnes pour lutter contre les stéréotypes liés à l'âge. De leur côté, les salariés parlent surtout de formation, de mobilité interne, d'accompagnement individualisé. Ce qui est intéressant, c'est que les deux visions se rejoignent de plus en plus, les entreprises voient la nécessité d'agir, et les salariés identifient très clairement ceux qui pourraient les aider. On a donc un terrain d'entente solide pour faire évoluer les pratiques.
JB Vennin (:Alors ça paraît comme ça une évidence, même on a peut-être l'impression d'enfoncer les portes ouvertes, mais est-ce que le véritable enjeu finalement, c'est pas d'adapter nos pratiques de gestion des carrières, plutôt que de remettre en question la légitimité des 45 ans et plus?
Eric Gras (:Bah si, c'est même le point central. La question, c'est plus de savoir si les salariés de 45 ans et plus ont leur place. Tout le monde en convient. La vraie question, c'est comment les entreprises réinventent leur modèle pour gérer des carrières qui durent 40 ou 45 ans avec des transitions multiples. Les organisations doivent s'adapter, repenser la progression salariale, les mobilités internes, voire externes, l'accès à la formation, la manière dont elles vont valoriser aussi ces expériences. On en discutait il n'y a pas longtemps où certaines entreprises disent qu'on ne remet plus de médaille du travail. on fait venir quelqu'un qui a 25 ans avec quelqu'un qui a 25 ans d'expérience et on fait de la transmission comme ça. Donc l'enjeu c'est pas la légitimité des profils expérimentés mais c'est la capacité collective à transformer cette expérience en opportunité durable et pour tout le monde.
JB Vennin (:Allez, on est arrivé au terme de cet épisode, avant de te remercier peut-être en guise de conclusion, Eric. Si toi, tu devais retenir qu'un seul chiffre de cette étude pour résumer justement l'enjeu des 45 ans et plus sur le marché du travail, tu choisirais lequel? Tu mettrais lequel en avant?
Eric Gras (:Pour rester positif, tu le disais, c'est 95%. C'est la proportion de recruteurs qui reconnaissent que l'expérience des 45 ans et plus est un atout direct pour la performance de l'entreprise. Donc ce chiffre, il résume tout. La question, c'est plus de savoir si les seigneurs apportent quelque chose, C'est acquis. La question c'est comment on s'organise pour utiliser pleinement cette richesse dans un contexte où les compétences se raréfient, où la transmission devient essentielle. Et donc si on part de ce chiffre, alors tout le reste devient évidence. Il faut accompagner, former, adapter les pratiques et surtout arrêter de considérer l'âge comme un frein.
JB Vennin (:Merci beaucoup Eric.
Eric Gras (:Merci Jean-Baptiste.
JB Vennin (:Je t'assure, tu fais pas si vieux que ça. Toi non plus. Merci. C'était Jobnews by Indeed, le podcast qui décrypte chaque mois les grandes évolutions du marché de l'emploi. Si vous avez apprécié l'épisode, vous le dites, vous partagez surtout, puis vous nous laissez une évaluation sur votre plateforme d'écoute préférée. C'est toujours bon. Et en plus, ça vient nous aider. À très vite pour un prochain épisode. Ciao, ciao.