Dans cet épisode, nous donnons la parole à des voix qui font de l'eau bien plus qu'une ressource : un levier de prospérité, d'égalité et de transformation. De Conakry à Washington, en passant par les champs irrigués du Sahel, nous explorons comment une meilleure gestion de l'eau peut nourrir des milliards de personnes, créer des centaines de millions d'emplois et ouvrir de nouvelles perspectives pour les femmes et les jeunes d'Afrique de l'Ouest et du Centre.
Ces témoignages illustrent l'ambition du Groupe de la Banque mondiale, qui place l'eau au cœur de sa stratégie de développement, comme en témoigne le lancement de l'initiative « Water Forward — Place à l'eau » lors des dernières Réunions de printemps.
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Séquences
00:00 Introduction
02:06 Rééquilibrer l'usage de l'eau dans le système alimentaire mondial
04:15 245 millions d'emplois à portée de main
06:21 Quand l'eau change une vie - témoignage de Guinée
07:38 L'eau comme opportunité pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre
09:49 Transformer l'engagement des parties prenantes en résultats concrets
11:41 Conclusion
À propos du People First Podcast:
People First Podcast vient apporter un éclairage humain et concret sur les thématiques de développement spécifiques aux habitantsd'Afrique de l'Ouest et du centre, et sur la contribution du Groupe de la Banque mondiale. People First Podcast, pour un développement durable et inclusif !
À propos du Groupe de la Banque mondiale:
Le Groupe de la Banque mondiale est l'une des plus importantes sources de financement et de connaissances au monde pour les pays à faible revenu. Ses cinq institutions partagent l'engagement de réduire la pauvreté, d'accroître la prospérité partagée et de promouvoir le développement durable.
Transcripts
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Rama George : C’était Danielle Kamtié, cofondatrice du Parlement Africain de la Jeunesse pour l'Eau.
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast People First, le podcast du Groupe de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre ! Je suis Rama George et je suis ravie de vous retrouver pour ce nouvel épisode consacré à un sujet qui nous concerne tous : l’Eau. Elle fait pousser nos récoltes, alimente nos villes, conditionne notre santé … mais cette ressource rare est parfois mal utilisée, mal gérée ou mal partagée alors que près de 1,7 milliard emplois dans le monde en dépendent.
C’est pour répondre à ces enjeux que le Groupe de la Banque mondiale a lancé l’initiative “Water Forward” ou “ Place à l’eau” en français lors des dernières Réunions de printemps. Fort d'un plan d'action avec ses partenaires de développement pour sécuriser l'accès à l'eau pour 1 milliard de personnes d'ici 2-0-3-0, il apporte à cette initiative une expertise éprouvée, une portée mondiale et une solide capacité opérationnelle. Dans cette lignée, l’Institution a publié un nouveau rapport (« Nourrir et prospérer : des solutions hydriques pour nourrir 10 milliards de personnes sur une planète vivable ») qui tire la sonnette d’alarme : Sans une nouvelle gestion de l'eau, nous ne pourrons relever le défi alimentaire des 10 milliards d'humains d’ici 2-0-5-0. Et, bonne nouvelle : l’Afrique a un rôle clé à jouer dans cette transformation.
Pour en parler, j’ai le plaisir d’accueillir Amal Talbi, Experte dans l'eau et une des autrices de ce rapport, ainsi que Fatouma Touré Ibrahima, Directrice sectorielle pour l’eau en Afrique de l’Ouest et du Centre. Explorons ensemble comment une meilleure gestion de l’eau peut entre autres créer des millions d’emplois, augmenter les revenus et la productivité des agriculteurs, et ouvrir des opportunités pour les jeunes et les femmes.
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Amal Talbi: Bonjour!
Rama George : Amal, nous allons commencer par parler du nouveau rapport sur l'eau qui met en avant la nécessité de rééquilibrer l'usage de l'eau dans le système alimentaire mondial. Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour les pays de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, où certains territoires disposent d'eau, mais manquent d'infrastructures pour l'utiliser efficacement ?
Amal Talbi : Ce qu'on a essayé de montrer dans ce rapport, c'est qu'au niveau mondial, le problème n'est pas un manque d'eau, c'est un problème de distribution et de son utilisation. Dans certaines régions, on a une surexploitation de l'eau qui, pour ces pays-là, sont un risque aussi bien sur la partie agricole que sur la partie environnementale. Pour d'autres régions, en revanche, et beaucoup d'entre elles sont en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale, l'eau est disponible, n'est pas utilisée souvent par un manque d'infrastructures ou un manque d'institutions ou un manque de financement ou un manque de système.
Si on fait juste une conversion de l'agriculture pluviale vers une irrigation d'appoint, ça permet à ces pays qui ont de l'eau qui n'est pas utilisée de créer des emplois, d'augmenter la production agricole et de protéger aussi l'environnement. Si vous avez plus de production agricole, vous n'avez pas besoin d'aller sur de nouvelles terres.
Ce qu’il faut aujourd’hui c’est s'assurer qu'on a une maintenance, on a le renouvellement des actifs, que le secteur privé est impliqué et établir des mécanismes de financement durables. Donc, dans l'exemple de la Société d'aménagement et d'exploitation des terres du delta du fleuve Sénégal ou bien l'Office du Niger au Mali, ce qu'on voit, c'est que des institutions qui reposent sur des principes de gouvernance solides et une culture de performance ont des productions agricoles performantes. En fait, il faut garder à l'esprit que l'agriculteur est un entrepreneur et qu'il paye pour le service qu'il reçoit.
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Quelles opportunités concrètes ces investissements pourraient-ils offrir aux jeunes et aux femmes dans les filières agricoles et hydriques ?
Amal Talbi : Déjà, je voudrais commencer par ce nombre : deux cent quarante-cinq millions. C'est le nombre pour une seule action. L'action de convertir l'agriculture pluviale, là où il y a de l'eau, vers une irrigation d'appoint dans les limites de l'eau. Donc, une seule action nous donne au moins deux cent quarante-cinq millions d'emplois dans le monde.
Cette projection s'appuie sur un modèle économique. Chaque hectare nouveau en Afrique permet environ une création de quatre emplois directs ou indirects. Ce qui est particulièrement important, c'est que sur ces deux cent quarante-cinq millions mondialement, 90 % de ces emplois sont en Afrique subsaharienne. C'est une transformation économique majeure qui coïncide précisément avec la montée en puissance d'une jeunesse africaine. Les femmes et les jeunes pourront bénéficier de ces opportunités si on s'attaque aux barrières qui peuvent les exclure. Et cela passe par exemple par la sécurisation de l'accès à la terre ou la sécurisation à l'utilisation de la terre ou bien par la représentation des femmes et des jeunes dans les institutions d'agriculture ou de gestion de l'eau.
Et si on arrive à vraiment surmonter tous ces obstacles, utiliser les innovations, on peut faire en sorte que les femmes, les hommes, les jeunes, tout le monde, les petits agriculteurs, puissent bénéficier de cette meilleure gestion agricole de l'eau et de faire en sorte qu’on ait vraiment cette transformation nécessaire.
Rama George : Merci Amal!
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En Guinée, plus de 30 000 personnes ont bénéficié de services améliorés d’eau potable dans le Grand Conakry grâce aux investissements majeurs du Projet urbain eau de Guinée que nous avons soutenu. Aissatou Cissé, une jeune lycéenne, nous a raconté son quotidien familial avant l’arrivée du robinet :
Jeune Lycéenne : Ma maman nous réveillait chaque fois à 4 h pour aller chercher de l'eau. J’étais tout le temps en retard. Et puis, parfois, quand je rentrais en classe, les professeurs me grondaient. Pour mes résultats scolaires, j'ai échoué au bac deux fois. Je n'arrivais pas à trop réviser en fait.
Rama George : Depuis que l’eau potable est désormais disponible pour les habitants de son quartier, tout a changé pour elle et sa famille.
Jeune Lycéenne : Le fait d'avoir le robinet à la maison moi ça me soulage parce que je ne me réveille plus pour aller puiser de l'eau. Et puis je me concentre sur mes études pour avoir de bons résultats scolaires. Si j'avais échoué au bac, deux ans après, maintenant j'ai eu le bac, je vais à l'université, mes [résultats aux] examens ont été meilleurs. Je ne puise plus d'eau comme avant.
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Rama George : Il y a un sentiment d'urgence. Aujourd'hui, quatre milliards de personnes sont confrontées à une insécurité hydrique. L'eau semble à la fois une opportunité et un défi. Est-ce principalement un problème d'infrastructure, de gouvernance ou de financement ?
Fatouma Touré Ibrahima : Il s'agit de tous ces problèmes en même temps. Il s'agit d'un problème d'infrastructure, d'un problème de financement et de gouvernance. Mais on doit également parler du changement climatique. On doit changer, parler de l'urbanisation, de la croissance démographique. Donc, d’un certain nombre de défis qui, ensemble, créent une situation d'urgence.
Si nous prenons par exemple l'exemple de l'Afrique subsaharienne, on parle de 400 millions de personnes qui n'ont pas accès à l'eau de base. On parle de 700 millions de personnes qui n'ont pas accès à des services d'assainissement importants. Donc, je pense que cette situation d'urgence, on doit continuer de la mentionner, mais on doit aussi voir les opportunités.
Rama George : L’eau comme opportunité.
Fatouma Touré Ibrahima : L'eau est une opportunité très puissante je dirais.
Quand nous prenons l'exemple de l'eau et de la problématique de l'emploi, c'est clair que sans eau, il est très difficile de soutenir l'économie d'un pays.
Rama George : Peux-tu, m'en dire plus sur les opportunités de transformer la gestion de l'eau en agriculture en Afrique de l'Ouest et du Centre ?
Fatouma Touré Ibrahima : Le groupe de la Banque mondiale a développé sa nouvelle stratégie qui a trois piliers. Le premier pilier, c'est l'eau pour les populations. Le deuxième pilier, c'est l'eau pour l'alimentation. Et le troisième pilier, c'est l'eau pour l'équilibre des écosystèmes. Il y a vraiment une centralité au niveau de l'eau pour l'alimentation et la façon dont on économise aussi l'eau pour cette irrigation. 60 à 70 % de l'eau va dans le secteur agricole. La façon dont cette eau est gérée est extrêmement importante.
Nous y voyons vraiment une grosse opportunité. 6 % seulement des terres cultivables aujourd'hui en Afrique sont irriguées. Nous avons une opportunité d'accompagner les pays à transformer ce sous-secteur de l'eau.
Je pense qu'un projet comme le PARIIS, le Projet régional pour l'irrigation au Sahel, est un très bon exemple d'initiative qu'on peut prendre pour adresser ces questions au niveau régional.
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Fatouma Touré Ibrahima : Effectivement, les assemblées nous ont permis de regrouper un certain nombre de parties prenantes, les gouvernements en tête de file, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé. Ça prend un village hein, pour amener de l'eau aux populations. Nous avons vraiment apprécié le fait que tout le monde était autour de la table pour, appuyer les pays. Ces pays ont défini leur compact. Ces compacts présentent leurs priorités au niveau des réformes, des investissements, mais aussi une feuille de route pour un peu, aider les différents bailleurs, les différents partenaires à les accompagner dans le processus.
Nous avons pu le voir lors de l'initiative Water Forward. Nous avons vraiment beaucoup d'espoir pour voir les choses se transformer sur le continent. Merci.
Rama George : Merci Fatouma!
Retournons au Siège du Groupe de la Banque mondiale, à Washington DC, où Danielle Kamtié avait pris la parole pendant l’événement « Place à l’eau pour l’emploi et la prospérité » lors de nos Réunions de printemps. Ayant vécu au Cameroun puis au Canada, elle connaît aujourd'hui deux réalités bien distinctes.
Danielle Kamtié : C'est très intéressant parce que j'ai grandi entre 2 réalités. Donc au Cameroun on pense à l’eau toute la journée. Tu vois, c'est quelque chose qui est indispensable. Au Canada, on ouvre son robinet et bon, personne n'y pense.
Quand j’ai cofondé le Parlement africain de la jeunesse, nous n’avions pas un grand budget. Nous avions juste une idée et une vision. Et aussi très important qu’il faut savoir, c’est un domaine très vaste. Il y a plusieurs opportunités de travail, plusieurs cheminements professionnels.
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Mieux la gérer, c’est produire plus, créer de l’emploi, et préparer un avenir plus durable — surtout ici, en Afrique de l’Ouest et du Centre, où les besoins comme les opportunités sont immenses.
Et vous, que faites-vous pour ne pas gaspiller cette eau si précieuse ?
Ainsi se termine cet épisode ! Merci à Amal Talbi, à Fatouma Toure Ibrahima, et à Danielle Kamtié pour leurs regards concrets sur la thématique de l’eau et pour ces exemples d’initiatives et projets financés par le Groupe de la Banque mondiale en Afrique subsaharienne.
Merci à vous aussi, chers auditrices et auditeurs, d’avoir passé ces quelques minutes avec nous.
Au nom de toute l’équipe, je vous remercie de nous avoir suivis et espère que vous avez apprécié ces témoignages.
À très vite et surtout… n’oublions pas : chaque goutte compte !
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